C’est une vieille tradition qui dure depuis trente et un ans. Chaque année, la République islamique célèbre en grande pompe l’anniversaire de la révolution contre le shah d’Iran, selon un schéma parfaitement orchestré par le régime: cortèges de fidèles débarqués des quatre coins du pays; stands de ravitaillement aux allures de fête foraine; discours présidentiel sur la place Azadi («Liberté»).

«Révolution, liberté…»

Mais, cette année, il lui faudra compter avec tous ces visiteurs inhabituels, ceux du mouvement de contestation contre le gouvernement d’Ahmadinejad, réélu en juin dernier, et nombreux à oser mettre en question les «déviations» de cette même révolution. «Si je sors dans la rue à cette occasion, c’est pour poser la question suivante: où est passé le slogan «révolution, liberté, République islamique», scandé par les révolutionnaires de l’époque, dont certains sont aujourd’hui à la tête du pouvoir», relève Anousheh, une architecte iranienne, contactée à Téhéran.

C’est par courriel que cette manifestante a été récemment informée du plan de ralliement. Par sécurité, les détails n’ont été révélés qu’à la dernière minute. En sept mois de contestation, les protestataires ont appris à mieux s’organiser. Même s’il est de plus en plus divisé sur ses ambitions politiques à long terme, le «mouvement vert» ne démord pas de son objectif premier: la non-violence. Ainsi, dans un appel lancé sur son site internet kalame, Mir Hossein Moussavi, figure incontournable de l’opposition, a-t-il appelé à «ne pas céder à la provocation». «Les pasdarans et les bassidjis [milices islamistes] ne sont pas nos ennemis. Nous sommes pacifiques et célébrons la révolution qui s’oppose au despotisme», écrit-il. La brutalité de la répression des dernières manifestations de l’Ashoura, qui causa, fin décembre, la mort d’au moins huit personnes, fait en effet craindre le pire. «Cette journée s’annonce comme un test, à la fois pour l’opposition et pour le pouvoir», analyse, depuis la capitale iranienne, une sociologue.

Le pouvoir, lui, semble avoir choisi l’option de la force. A l’approche du 11 février, les menaces à l’attention des «contre-révolutionnaires» n’ont cessé de se multiplier. Il y a quinze jours, deux jeunes opposants, subitement pendus sans que leurs familles et avocats soient prévenus, ont fait les frais de cette vaste campagne d’intimidation. De lourdes peines de prison viennent également d’être prononcées contre une trentaine de dirigeants de l’opposition, tandis qu’une nouvelle vague d’arrestations touche les journalistes, intellectuels et activistes.

Face à une mobilisation qui surprend par sa détermination, des dizaines de milliers de miliciens bassidjis sont déjà arrivés, en renfort, dans la capitale. La police, elle, est sur ses gardes. Ses forces ont été déployées aux alentours de la place Azadi. «Ce genre d’intimidation ne fonctionne plus. C’est vrai que j’ai peur, mais j’irai quand même manifester», prévient l’architecte.