L'offre n'est pas nouvelle, mais elle est symbolique. Alors que le Zimbabwe voisin est engagé dans une politique d'expulsion brutale et sans indemnisation de plus de la moitié de ses fermiers blancs – Harare demande à la Grande-Bretagne, ex-puissance coloniale, de les dédommager –, le Mozambique se propose de les accueillir. Ex-colonie portugaise ravagée par une guerre civile achevée en 1992, celui-ci a besoin de compétences pour faire redémarrer ses plantations (sucre, tabac…) abandonnées des provinces nord, fertiles et irriguées. Les autorités de Maputo font donc des avances aux fermiers blancs délogés par la police du président Robert Mugabe.

Le Mozambique, où la terre appartient à l'Etat, leur propose des conditions similaires à celles accordées aux investisseurs étrangers: bail de location des exploitations pour 30 à 99 ans, détaxe fiscale et exemptions douanières sur les matériels importés. Des statuts identiques avaient déjà été offerts à des fermiers blancs sud-africains, avec un succès mitigé. L'essentiel des offres aux exploitants zimbabwéens est concentré dans la province mozambicaine de Biera (50 projets à l'étude). L'offre du Mozambique confirme la volonté de son gouvernement de redresser l'économie. «Le Mozambique est l'un des exemples les plus encourageants de réforme et de retour à la croissance. Depuis les accords de paix de 1992, l'ex-gouvernement socialiste de Joaquim Chissano a fait des efforts énormes de bonne gouvernance, récompensés par un afflux d'aide», estime Justin Arenstein, patron d'African Eye, une agence de presse sud-africaine. Maputo met l'accent, dans ce contexte, sur le redémarrage des exploitations agricoles commerciales pour générer de l'emploi et créer un vivier de formation agronomique. Sur 35 millions d'hectares de terres arables, seuls 4 millions sont cultivés. Des régions entières souffrent de la famine. «Le Mozambique voit ces fermiers blancs du Zimbabwe autant comme des paysans que des experts, poursuit Justin Arenstein. C'est là, peut-être qu'ils risquent d'être déçus…»

Jusqu'à présent, les fermiers blancs invités par Maputo à se réinstaller ont en effet exigé des concessions bien supérieures à celles prévues. En mars dernier, 63 d'entre eux ont réclamé pas moins de 400 000 hectares, soit la surface de trois districts! S'y ajoutent des revendications en matière d'éducation pour les enfants (le Mozambique enseigne en portugais, le Zimbabwe en anglais), de conditions de travail: «La plupart des Sud-Africains blancs qui s'étaient laissé tenter sont revenus en déplorant le manque de soutien», raconte un fermier suisse d'Harare. La peur de voir se former des ghettos agricoles blancs complique aussi le processus: «L'arrivée ne doit en aucun cas relancer les tensions raciales», a averti le ministre de l'Agriculture, Helder Muteia.