Etats-Unis

Le MS-13, ce gang ultraviolent que Donald Trump veut éradiquer

Le président américain a une obstination: démanteler le MS-13, responsable de crimes abjects. Il en exagère l’importance pour justifier la construction du mur entre les Etats-Unis et le Mexique

Un homme lardé de cent coups de couteau, le cœur arraché et la tête tranchée. Le 5 septembre, c’est un cadavre atrocement mutilé que les policiers ont découvert, enfoui dans un trou, dans la banlieue de Washington. Selon les enquêteurs, l’assassinat est l’œuvre du gang MS-13, réputé pour son extrême violence. Un gang d’origine salvadorienne qui sévit aux Etats-Unis et en Amérique centrale, et contre lequel Donald Trump mène un féroce combat depuis le début de son mandat.

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Machettes et battes de baseball

Ces dernières semaines, une vaste opération policière a permis l’arrestation de 214 membres présumés du MS-13, poursuivis pour violation des lois sur l’immigration. Près de la moitié sont accusés de meurtres, viols, vols à main armé, trafic de drogue ou extorsions. En juillet, Donald Trump a tenu à se rendre à Long Island, dans la banlieue de New York, où les résidents de la petite localité de Brentwood sont terrorisés par le MS-13: deux adolescents y ont été assassinés en septembre 2016 à coups de machettes et de battes de baseball. «Ils n’aiment pas tirer avec une arme, car c’est trop rapide», insistait le président devant les habitants venus l’écouter. «Ils aiment découper en morceaux et laisser les victimes mourir lentement, car c’est plus douloureux, et ils ont du plaisir à regarder ça. Ce sont des animaux.»

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Le MS-13, abréviation de Mara Salvatrucha, s’infiltre jusque dans les tweets courroucés de Donald Trump. «Ensemble, nous allons rétablir la sécurité dans nos rues et la paix dans nos communautés, et nous allons détruire le vilain cartel criminel MS-13, et beaucoup d’autres gangs», écrivait-il le 17 novembre.

«Avec plus de 10 000 membres dans 40 Etats, le MS-13 est l’une des organisations criminelles les plus dangereuses actuellement aux Etats-Unis», souligne de son côté le ministre de la Justice, Jeff Sessions, dans un communiqué.

Une «diabolisation» excessive

Pourquoi une telle obstination? Des spécialistes accusent Donald Trump de «diaboliser» et exagérer le pouvoir de nuisance du MS-13 pour justifier sa politique migratoire stricte et criminaliser les clandestins. C’est le cas de Luis Salinas, professeur de sociologie à l’Université de Houston. Il craint qu’un tel acharnement puisse se révéler contre-productif. A Fox News, Luis Salinas a dû s’excuser d’avoir utilisé le terme «diaboliser». «Je ne suis pas en train de protéger ou défendre leurs actions. Ils sont responsables de crimes atroces, mais pas de tout ce dont on les accuse. Ils ne sont par exemple pas un cartel», a-t-il précisé.

Avec son slogan Mata, viola, controla (tue, viole, contrôle), l’ultraviolence du gang ne fait aucun doute. Semer la terreur est sa marque de fabrique. Ses membres s’adonnent bien au trafic de drogue, mais le MS-13 n’est pas aussi bien organisé et ne dispose pas des mêmes ressources financières que les puissants cartels mexicains ou colombiens, ou la mafia italienne. Le journaliste salvadorien Hector Silva Avalos est aussi de cet avis. Il ne pense pas que le gang constitue une menace pour la sécurité des Etats-Unis. Sur le site d’InSight Crime, un centre d’études sur le crime organisé latino-américain avec lequel il collabore, il détaille les «sept choses que l’administration Trump n’a pas comprises à propos du MS-13».

Donald Trump a fait de l’éradication du MS-13 un argument en or pour justifier la construction du mur entre le Mexique et les Etats-Unis

Il relève par exemple que la «faute» de l’expansion du MS-13 ne revient pas à Barack Obama, mais serait plutôt à imputer à Ronald Reagan. Comme Barrio 18, MS-13 est né dans les années 80, avec, au départ, pour but de protéger les immigrés du Salvador de bandes rivales à Los Angeles. Le gang s’est ensuite étendu à la côte est vers la fin des années 90. Ce n’est qu’en 2000 que le FBI commence vraiment à s’y intéresser. L’emprise du MS-13 s’étend aujourd’hui à toute l’Amérique centrale. Le gang possède également des cellules au Canada et en Espagne.

De fausses accusations?

Donald Trump a fait de l’éradication du MS-13 un argument en or pour justifier la construction du mur entre le Mexique et les Etats-Unis, dont il peine par ailleurs toujours à obtenir le financement. Une bonne partie des membres du gang proviennent du Salvador, du Honduras, du Guatemala et du Mexique. En juin déjà, le président des Etats-Unis n’avait pas hésité à se targuer d’avoir expulsé «près de 50% de ses membres», ce qui représenterait environ 5000 individus. Sauf que c’est faux. Les chiffres de l’immigration démontrent que les Etats-Unis ont expulsé 2798 membres de gangs du 1er octobre 2016 au 4 juin 2017, bien loin de tous appartenir au MS-13, souligne USA Today.

Selon plusieurs associations de défense des migrants, des clandestins auraient par ailleurs été accusés à tort d’avoir des liens avec le gang, pour permettre une expulsion immédiate. Donald Trump brandit également la menace du MS-13 pour dénoncer l’attitude des villes «sanctuaires», qui à l’image de New York, protègent les clandestins.

Il semble oublier une chose: ses membres sont de plus en plus des Américains. Le MS-13 les recrute très jeunes. Beaucoup sont donc des enfants de clandestins latino-américains nés aux Etats-Unis. Sa politique répressive contre les migrants en situation illégale agit aussi comme un repoussoir sur ceux, victimes ou repentis du MS-13, qui seraient susceptibles de donner des informations intéressantes pour démanteler le gang.

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