L'heure est aux palmarès. Y compris pour les crises humanitaires. Chaque année, les Nations unies publient la liste des dix crises ignorées des médias. Cette fois, Médecins sans frontières Suisse fait de même, avec une intention évidente: renverser la vapeur de l'attention journalistique et de la mobilisation de l'opinion. On se souvient que l'organisation caritative avait, dès le 4 janvier 2005, déclenché une controverse en décidant d'interrompre sa collecte pour les sinistrés du tsunami qui venait de frapper l'Asie du Sud. Un an plus tard à quelques jours près, MSF se distingue à nouveau: un rapport, rendu public aujourd'hui à Genève par son antenne suisse, liste 10 catastrophes que les médias sont accusés d'oublier ou de sous-traiter. Figurent dans cette liste les dévastations causées par les maladies et la guerre en République démocratique du Congo, le calvaire des populations civiles tchétchènes prises en tenaille entre les forces russes et les groupes armés, la descente aux enfers d'Haïti (lire à ce sujet notre page Eclairages de ce jour) ou les affrontements religieux et ethniques dans le nord-est de l'Inde.

Deux crises sont emblématiques de cette inégale attention médiatique. En Somalie, les privations de la population livrée en pâture aux seigneurs de la guerre ont depuis longtemps disparu des écrans de télévision. MSF, qui opère dans une partie de ce pays très difficilement accessible, oublie de signaler dans son rapport que les journalistes qui ont tenté de raconter cette situation en ont payé le prix fort. Une reporter de la BBC britannique a ainsi été assassinée l'an dernier près de son hôtel à Mogadiscio.

Déplacés en Colombie

Autre crise souvent mal couverte selon l'organisation: celle de la Colombie, dévorée depuis bientôt 40 ans par la guerre civile. Etonnant constat que celui de MSF alors que nos écrans ont été remplis, en fin d'année, d'appels à la libération d'Ingrid Betancourt, l'ex-candidate écologiste aux élections présidentielles kidnappée par les FARC en 2002. L'aspect de la crise sous-traité par les médias est évidemment, pour l'organisation humanitaire, la propagation de la violence dans toutes les parties du pays, sur fond de trafic de narcotiques et de lutte pour la possession des ressources naturelles.

Colombie enregistre le troisième taux le plus élevé de personnes déplacées à l'intérieur de leur propre pays après le Soudan et la République démocratique du Congo», rappelle MSF Suisse. Pendant les premiers six mois de 2005 à eux seuls, jusqu'à 62000 personnes ont dû se déplacer, ce qui représente une augmentation de 10% par rapport à l'année précédente».