C’est une conférence qui pourrait lui coûter cher. Le directeur du Club suisse de la presse (CSP), Guy Mettan, participe aujourd’hui à un événement organisé par l’Association pour une Suisse indépendante et neutre (ASIN) et le journal économique Market Magazine. Il sera question des sanctions économiques contre la Russie et de la nécessité pour la Suisse de s’en distancier. Guy Mettan, également député démocrate chrétien à Genève et président de la chambre de commerce Suisse-Russie, interviendra aux côtés du conseiller d’État UDC valaisan Oskar Freysinger, du sociologue Uli Windisch et du rédacteur en chef de Market, Arnaud Dotezac.

Il y a moins de dix jours, le même Guy Mettan intervenait déjà lors d’une conférence de presse sur le même thème, cette fois organisée par ses propres services. Son intitulé dénonçait «le coup d’État en Ukraine» de février 2014, un événement vu «comme une tentative de commencer la désintégration de la Russie». Le directeur du CSP ne fait pas mystère de son credo développé dans un livre qu’il vient de publier: «Russie-Occident, une guerre de mille ans» sur la «russophobie» occidentale.

«Ce mélange des genres entre les activités du CSP et les positions de son directeur est dérangeant», dénonce Florian Irminger, représentant de Human Rights House Foundation, un réseau d’associations défendant les droits de l’homme en Europe de l’Est, y compris en Ukraine et en Russie. «Affirmer que les protestations de la place Maidan étaient un coup d’État relève de la pire propagande russe. Cela décrédibilise le CSP, qui est un portail important de Genève pour le reste du monde.»

Campagne du «lobby ukrainien néofasciste»

Guy Mettan affirme que la conférence organisée ce samedi sur les sanctions contre la Russie «n’a rien à voir» avec le CSP. Sur le fait que l’institution a annoncé la conférence via son carnet d’adresses, le directeur défend le procédé. «Nous relayons constamment ce genre d’informations, mais cela n’engage pas pour autant le CSP. J’ai toujours été en désaccord avec l’ASIN et je n’ai pas changé d’avis. Mais ils ont le droit de s’exprimer.»

Le député PDC s’estime victime d’une campagne malveillante de la part d’un «lobby ukrainien néofasciste». Quant à ses différentes casquettes, il répond que son engagement à la tête de la chambre de commerce Suisse-Russie et pays de la CEI, qui comprend l’Ukraine, n’est «pas rémunéré». «Chacun est le bienvenu pour organiser une conférence de presse à la villa Pastorale», continue Guy Mettan, qui dit toutefois veiller à un certain équilibre. «Nous accueillons 120 événements par année, même si je ne suis pas d’accord avec ce qui est dit dans 90% des cas. Toutes ces années, j’ai tenu le cap malgré les innombrables pressions. Avant, c’étaient les Israéliens et les Palestiniens qui m’accusaient de donner trop la parole à l’autre partie. Maintenant, ce sont les Ukrainiens. Mais cela passera, puisque Vladimir Poutine est en train de redevenir fréquentable», ironise-t-il.

Un rapport prône la refonte de l’institution

Les prises de parole répétées de Guy Mettan sur la Russie interviennent au moment où le contrat de prestation du CSP doit être renouvelé d’ici la fin de l’année pour la période 2016-2019. Le Conseil d’État a commandité un rapport à une experte externe qui préconise une refonte de l’institution. Le document, dont le Temps a obtenu copie, recommande entre autres «d’analyser les effets des différentes fonctions et casquettes sur l’image du CSP» et de «valoriser son indépendance et sa neutralité». Guy Mettan salue ce rapport: «Après 18 ans d’activités, il m’apparaît nécessaire de réfléchir sur l’avenir de l’organisation».

Personne ne remet en question l’existence du CSP. Mais, depuis sa fondation en 1997, le paysage médiatique a profondément évolué et les organisations internationales communiquent par leurs propres moyens. Ce sont surtout les ONG qui usent des services du Club suisse de la presse, un rôle défendu par Guy Mettan, mais souvent pour une audience réduite. «Sous peine d’insignifiance à long terme, il paraît difficile que le CSP ne fait l’économie d’un travail de substance», conclut le rapport.

Le bureau, qui compte deux personnes outre Guy Mettan plus des stagiaires et des emplois de solidarité, a été subventionné à hauteur de 894 000 francs entre 2012 et 2015, soit un tiers de son budget. «Faire la publicité de la conférence de samedi sur l’Ukraine ne fait pas partie du contrat de prestation qui lie le CSP à l’État de Genève», précise Olivier Coutau, délégué cantonal à la Genève internationale. «À l’avenir, nous aimerions que le CSP organise davantage de débats, plutôt que des conférences de presse, sur des thèmes d’actualité, comme le terrorisme ou la migration et ainsi donner un nouvel élan à l’organisation.»