Sécurité

A Munich, John Kerry veut donner tort aux cyniques

A la Conférence de Munich sur la sécurité, le secrétaire d’État américain rappelle la position américaine.

Dans une atmosphère générale de profond pessimisme quant à l'évolution du monde, John Kerry s'est distingué par son volontarisme. Une marque de plus de la naïveté de cette administration américaine comme beaucoup le pensent en Europe et au Proche-orient? A la Conférence de Munich sur la sécurité, le secrétaire d’État américain a livré sa lecture des deux problèmes du moment : la Syrie et la crise de confiance de l'Europe. 

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L'Europe d'abord. John Kerry estime que l'essentiel a été préservé jusqu'ici : le maintien de l'unité malgré toutes les forces de division. Et quand il parle d'unité, ce n'est pas qu'au sein de l'UE mais entre les Etats-Unis et le continent européen. Alors que nombreux sont les Européens (surtout de l'Est) qui se plaignent de l'abandon du continent par l'administration Obama, le secrétaire d’État prend le contre-pied. Les Etats-Unis sont plus que jamais aux côtés des Européens dont ils partagent les mêmes valeurs. «Je sens un air de pessimisme, explique John Kerry. Je crois pourtant qu'il y a de bonne raison d'être optimiste. La résilience de l'Europe en est une. »

«We gonna get this right»

Le chef de la diplomatie américaine se défend de sous-estimer l'impact de la vague de réfugiés, «même si certains aux Etats-Unis pensent qu'ils ne sont pas directement touchés par cette guerre ». A travers l'Otan (et son opération en Méditerranée), l'aide apportée aux réfugiés (Washington a promis une importante somme à la conférence de Londres) et l'action militaire en Syrie, les Etats-Unis sont pleinement impliqués. « We gonna get this right » (nous allons y arriver), a-t-il ajouté, paraphrasant Angela Merkel qui déclarait l'automne dernier à propos de l'accueil d'un million de réfugiés : «wir schaffen das». 

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Sur la Syrie, John Kerry a rappelé la vision de son président : il n'y aura pas de solution militaire à ce conflit. Quand bien même la lutte de la coalition internationale emmenée par les Etats-Unis contre Daech progresse (40 % des territoires contrôlé par le groupe djihadiste en Irak ont été reconquis, 20 % en Syrie).

La semaine du changement? 

«Nous allons vaincre Daech, aucun doute », dit-il. A ceux qui accusent les Etats-Unis et les partisans du dialogue d'être les dupes d'Assad et des Russes qui misent, eux, sur une victoire militaire, le secrétaire d’État répond : « Si c'est ce que vous croyiez, vous n'avez pas compris la leçon de ces cinq dernières années. Les Syriens ont supporté les massacres, les bombardements, les attaques chimiques. Ils ne vont pas se rendre. (…) Aucune partie ne va abandonner. C'est la réalité perverse de ce qui se passe en Syrie. Si vous pensez qu'une partie prend le dessus, elle ne fait en réalité que renforcer la détermination de son adversaire. Il n'y a pas de solution militaire.»

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L'accord pour une trêve d'ici une semaine et sur une aide humanitaire immédiate trouvé vendredi par le Groupe international de soutien à la Syrie (une vingtaine de pays dont les Etats-Unis et la Russie) est la seule voie possible. « J'espère que cette semaine pourra être la semaine du changement », a déclaré John Kerry. Puis d'ajouter : «Si ces discussions ne débouchent pas sur des actes, les cyniques l'emporteront ».

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