Malgré une popularité record - 80% d'opinions favorables après cinq ans au pouvoir -, le président brésilien, Luiz Inacio Lula da Silva, s'apprête à essuyer un revers au second tour des municipales de ce dimanche à São Paulo, capitale économique et plus grande ville du Brésil avec 11 millions d'habitants.

Marta Suplicy, la candidate de sa formation, le Parti des travailleurs (PT), n'est créditée que de 36% des intentions de vote, contre 54% pour le maire sortant de l'opposition de droite, Gilberto Kassab. Avant le premier tour du 5 octobre, «Marta», comme on l'appelle ici, était en tête des sondages, et les analystes la disaient favorisée par le prestige de Lula, qui s'est personnellement engagé dans sa campagne.

Hausse des impôts

Or, une enquête réalisée dans cinq capitales régionales où se tiendra un second tour (au total, trente villes sont concernées par le scrutin) montre que, dans cette élection centrée sur des questions locales, l'appui du chef de l'Etat, très disputé par les candidats des partis de sa coalition, n'a pas une influence décisive sur l'électorat.

A São Paulo, par exemple, seule la moitié de ceux qui disent approuver la gestion de Lula affirme qu'elle votera pour sa candidate. Marta a déjà été maire de la mégalopole, mais n'avait pas réussi à se faire réélire en 2004. La plupart de ses électeurs appartiennent aux milieux pauvres, qui lui savent gré d'avoir mis en place des politiques sociales et de transports publics, d'ailleurs maintenues par son successeur. Mais elle a perdu du terrain dans les couches moyennes, qui lui reprochent d'avoir haussé les impôts. Ironie du sort, elle serait même victime du succès de Lula. La nouvelle classe moyenne qui a émergé grâce à ses politiques redistributives et à la croissance préfère désormais voter à droite.

Autre source d'inquiétude pour Lula: le scrutin à Rio de Janeiro. Dans la deuxième ville du Brésil, les candidats Eduardo Paes et Fernando Gabeira sont au coude-à-coude. Les sondages créditent le premier de 43% des intentions de vote, contre 41% pour le second.

«Chef de gang»

Autrefois dans l'opposition, Paes est aujourd'hui le poulain du gouverneur de l'Etat de Rio, un allié du président. C'est pourquoi Lula s'est finalement résolu à le soutenir, mais après lui avoir arraché des excuses pour l'avoir taxé de «chef de gang» en 2005, quand a éclaté le scandale d'achat de voix par le PT.

Fernando Gabeira, lui, est un transfuge du PT. Candidat du Parti vert, cet ancien guérillero - il a pris part à l'enlèvement de l'ambassadeur des Etats-Unis au Brésil pendant la dictature, en 1969 - est appuyé par l'opposition. Mais une figure importante du parti du président, l'ex-ministre de l'Environnement Marina Silva, lui a déclaré son soutien à titre individuel. Sa candidature suscite l'enthousiasme des jeunes, des artistes et des intellectuels.

Ces municipales sont cruciales pour préparer la succession de Lula. La présidentielle de 2010 sera la première depuis 1989 à laquelle l'ancien syndicaliste ne prendra pas part. Elu en 2002 et réélu en 2006, il ne peut pas, constitutionnellement, briguer un troisième mandat consécutif, mais il aimerait faire élire son successeur.

Consolider des appuis

Pour Lula comme pour ses opposants, les élections locales permettent de gagner ou de consolider des appuis en vue de la présidentielle, en particulier dans les grandes villes. Pour l'heure, celui qui est donné favori pour succéder à Lula appartient à l'opposition. Il s'agit du gouverneur de l'Etat pauliste, José Serra, qui parraine la candidature de Gilberto Kassab.

Pour Marta Suplicy, une défaite mettrait fin à l'ambition qu'on lui prête de briguer du PT à la présidentielle. Elle laisserait ainsi le champ libre à celle que Lula a désignée à sa succession: Dilma Rousseff, sa cheffe de cabinet. Rousseff a d'ailleurs profité des scrutins municipaux pour faire campagne auprès des candidats soutenus par le gouvernement dans le but de se faire d'ores et déjà connaître de l'électorat...

Une victoire de l'opposition dans les deux plus grandes villes du pays ternirait l'excellente performance du PT et de ses alliés, qui ont accru le nombre de mairies qu'ils gouvernent au premier tour. Le parti du président est désormais le second du pays en nombre de villes conquises (548), tandis que les trois principales formations d'opposition sont en recul.