«Il dit que s'il se représente, c'est uniquement pour me battre, parce qu'il me trouve désagréable. Ce n'est pas vrai: tout le monde sait que je suis un gentil garçon. Et puis, si c'est sa seule motivation, avouez que son programme est maigre.» La petite phrase fait mouche auprès des militants PS assistant à la réunion électorale dans le quartier de Chiffogne, une zone «difficile». Elle émane de Pierre Moscovici, 44 ans, ministre socialiste des Affaires européennes de Lionel Jospin et candidat à la mairie de Montbéliard. «Il», c'est le sortant: Louis Souvet, 69 ans, RPR, sénateur-maire depuis douze ans (deux mandats), ancien directeur des ressources humaines chez Peugeot, principal employeur de la communauté urbaine du «Pays de Montbéliard» (125 000 âmes).

Si la bataille de Paris concentre la plupart des regards, la bagarre dans l'ancienne cité des princes du Wurtemberg (française depuis 1793 seulement) résume elle aussi l'enjeu national du scrutin. Dans cette ville de tradition ouvrière, c'est un peu à la surprise générale que Louis Souvet l'avait emporté en 1989, rempilant facilement en 1995 quand il avait écrasé, déjà, Pierre Moscovici. Le ministre, très parisien, jure que s'il est élu il sera «le maire de tous les Montbéliardais et Montbéliardaises», qu'il ne se contentera pas d'administrer la ville depuis son cabinet ministériel de Paris.

En face, Louis Souvet n'a que mépris pour ce freluquet, donneur de leçons, «qui croit qu'il améliorera la situation grâce à son carnet d'adresses. Je ne l'ai pas attendu!» Vrai, en trois ans, le taux de chômage a diminué de moitié, passant de 14 à 7%. Un «exploit» que le maire sortant met volontiers à son actif, même s'il s'agit surtout de l'«effet Peugeot». Le groupe automobile, fondé dans la région, occupe la plupart des Montbéliardais. L'usine de Sochaux est la plus vaste de la firme au lion, qui emploie ici près de 25 000 personnes. Et depuis quelques années le moral est au beau fixe. Record de ventes pour la 206, optimisme pour la dernière-née (la 307), tout va pour le mieux et même l'équipe de foot du FC Sochaux – elle appartient… à Peugeot – devrait retrouver cette année la première division. Bref, quand on lui demande en quoi consiste son programme, Louis Souvet s'emporte presque: «Mais il s'agit de mon bilan! En dix ans, j'ai refait de cette ville un endroit où on a envie de vivre.»

Pierre Moscovici répond que «ce n'est pas en repeignant les façades des seules maisons bourgeoises du centre-ville que l'on fait le bonheur d'une cité. Rien n'a été entrepris pour les quartiers périphériques, là où vivent les plus défavorisés. La criminalité augmente, c'est un signe qui ne trompe pas. Il faut inverser cette tendance.» Elu maire au soir du deuxième tour (le 18 mars), le ministre doterait Montbéliard d'un Aquapark «ludique», d'un «pôle technologique multimédia» et tenterait de maintenir le «pôle d'excellence automobile» qui a fait les grandes heures de la région, tout en diversifiant, pour sortir d'une économie «mono-industrielle». Il promet, surtout, d'investir dans les infrastructures publiques, sans augmentation du déficit municipal. «Plaisanterie, fulmine Louis Souvet. Si Moscovici croit qu'il réglera les problèmes des petits Arabes en construisant son Aquapark… Il ne dit pas où il trouvera l'argent pour les coûts d'exploitation. Et puis nous avons déjà une piscine municipale: j'ose même affirmer que c'est une des plus belles de France.»

Promesses pour la fonction publique d'un côté, défense du bilan de l'autre, la bataille pour la mairie à déjà valu plusieurs empoignades sérieuses entre les deux hommes, qui se sont retrouvés devant les tribunaux pour «diffamation». «Ils se vouent une véritable haine réciproque, constate François Zimmer, responsable local de L'Est républicain. Au parisianisme de l'un répond le paternalisme de l'autre. Tout les sépare.» Les deux candidats seraient au coude-à-coude. Seraient, car aucun sondage n'a été effectué dans l'agglomération. La clé de la victoire réside dans l'attitude des électeurs du Front national. Curieusement, le FN ne présente pas de liste à Montbéliard, et tout porte à croire que ses électeurs (près de 18% de la population) se reporteront naturellement sur Louis Souvet. Pacte secret entre la droite et le FN? Le sénateur-maire dit tout ignorer d'un «accord tacite». Pierre Moscovici, lui, croit savoir, mais n'a «pas de preuves».

Cette chronique est la dernière d'une série consacrée aux élections municipales des 11 et 18 mars.