Le suspense électoral sera de courte durée dans la capitale française du thermalisme. Le nom de celui qui occupera, pendant les six années à venir, le fauteuil de maire de la cité lémanique sera connu dimanche prochain, dès le premier tour. En effet, seules deux listes s'affrontent dans la bataille pour la municipalité la plus prestigieuse de Haute-Savoie. D'un côté les assaillants, menés par Serge Dupessey, socialiste depuis le Congrès d'Epinay; de l'autre les assiégés, défendus par le maire sortant, Marc Francina, soutenu par le RPR.

Les premiers bravent la pluie et le froid pour distribuer dans les rues et sur les marchés leurs brochures électorales; les seconds demeurent au chaud, avec l'avantage de n'être locataires de l'Hôtel de Ville que depuis six ans. Serge Dupessey en a conscience: «il est difficile de déloger une équipe qui se présente pour un second mandat consécutif.» D'ailleurs ce dentiste évianais a constitué «une liste de 35 candidats, avec une moyenne d'âge de 42 ans, faite pour durer. Tandis qu'en face, Francina présente huit retraités», glisse-t-il. Une troisième liste aurait dû se constituer, mais les leaders, un communiste et un démocrate-chrétien, n'ont pas réussi à s'entendre. Sur les deux listes restantes certains détails révèlent bien les querelles de clocher qui existent au niveau communal. Sur celle menée par le maire de droite, figure un communiste, sur celle menée par le socialiste se trouve la sœur de Marc Francina.

Contrôler une mairie comme celle d'Evian est un privilège que la plupart des maires des petites communes françaises envient. D'abord Evian est mondialement connue, grâce à l'eau minérale et aux accords signés en 1962 (ils mettent un terme à la guerre d'Algérie), un an après l'assassinat de Camille Blanc, maire d'Evian, dans un attentat de l'OAS. Cette réputation fournit au maire de la ville une stature qui dépasse les frontières de l'Hexagone. Mais l'avantage de détenir la municipalité est surtout financier. «Nous disposons du budget (160 millions de FF) d'une ville de 50 000 habitants, alors que nous n'en avons que 7300», sourit Marc Francina. L'eau qui coule se transforme en argent. La principale recette provient de la Société des Eaux minérales d'Evian, détenue par le groupe Danone, qui verse chaque année à la commune près de 48 millions de FF pour exploiter la source Cachat. «Chacune des 1,4 milliard de bouteilles vendues dans le monde rapporte de l'argent à Evian», souligne Marc Francina. L'autre robinet municipal est le célèbre Casino, établissement qui appartient également à Danone. Les jeux de table et les 250 machines à sous rapportent près de 25 millions de FF à la ville.

Pas surprenant dès lors que l'équipe municipale dispose d'une marge de manœuvre très importante, même pour financer des projets plus coûteux que prévu. Le port de plaisance d'Evian construit sous Henri Buet, le prédécesseur de Marc Francina, avait coûté 63 millions de francs, alors qu'il ne devait pas dépasser les 28 millions. «Un investissement nécessaire, précise Serge Dupessey. Pas comme les 35 millions de francs dépensés par Francina pour rénover le funiculaire.» «Ce monument historique permettra aux visiteurs de se déplacer du lac aux hauteurs de la ville, dès l'an prochain», se défend Marc Francina.

En cas de réélection, l'actuel maire a plusieurs projets pharaoniques. Il veut racheter la Poste située sur la rue marchande, pour la raser et offrir une vue panoramique sur le lac. Les anciens Bains, fermés depuis 1983, deviendraient un palais des congrès avec un espace pour artistes et une bibliothèque. Serge Dupessey a un projet similaire, il veut que les Bains deviennent «un centre où l'art serait relié à la technologie».