Siège des Verts et QG de campagne de Dominique Voynet, candidate de la gauche plurielle, la «Maison verte», un local tapissé de bois où travaillent les militants, se tapit en bas de Dole, au fond de la rue Pasteur, au pied de la colline qui descend vers le canal des Tanneurs. Tout en haut, trône la mairie, – «le bunker» disent les Verts. Une ancienne prison, bâtisse imposante en pierres de taille, où règne Gilbert Barbier, 60 ans, le maire UDF. La géographie de Dole raconte à sa manière le duel des municipales.

«Eh, Madame, écrivez qu'il faut voter Voynet», lance un gosse de banlieue. Il vit aux Mesnils Pasteur à deux kilomètres du centre, une cité HLM où le maire est venu bravement présenter sa liste face à une salle en ébullition qui le harcèle de questions. Coupés du centre-ville – les transports en communs cessent de fonctionner vers 19 h –, les jeunes crient un ennui éperdu sans beaucoup de perspectives d'avenir. Là, des voitures brûlent parfois la nuit et les habitants ne se sentent pas en sécurité. Rien à voir avec le centre historique: de belles rues calmes, bordées de vieilles maisons au détour desquelles apparaissent les réalisations du maire: l'Hôtel de Ville, la médiathèque, à quoi s'ajoutent, en périphérie de cette agglomération de 26 000 habitants, un «aquaparc» et le grand pont de la Corniche. Voilà dix-huit ans que Gilbert Barbier est en poste.

«C'est un patron autoritaire» juge un observateur. Il est pourtant, selon une enquête du Progrès, très apprécié des Dolois, quand Dominique Voynet arrive en bas de liste. «Les Verts reprochent au maire de n'investir que dans la pierre», note Jean-Claude Bonnot, chef du bureau local du journal. «Ce qui compte pour l'équipe sortante, remarque Didier Chateau, conseiller municipal Vert et numéro deux de la liste Voynet, c'est de proposer un ou deux nouveaux équipements par mandat au détriment de la vie quotidienne des quartiers. Ces équipements ne sont pas forcément des projets d'avenir. Ils n'amènent guère d'emplois. Dole perd de la population, elle perd ses jeunes.»

Gilbert Barbier, qui reçoit dans un grand bureau aéré meublé design, promet d'ailleurs un nouveau chantier s'il est élu: «Nous avons toujours des projets d'urbanisme en portefeuille. Il s'agit d'aménager tout un secteur qui se situe sur la rive gauche du Doubs. Une halle polyvalente est en gestation.» «Nous ne fonctionnons pas comme ça», rétorque Didier Chateau qui prône avec Dominique Voynet une gestion plus rigoureuse, une action pour attirer de nouvelles entreprises, des aménagements urbains au centre comme dans les quartiers, une solidarité au quotidien, un «printemps de Dole» comme dit leur slogan.

Et la politique dans tout ça? Deux listes d'extrême gauche, une liste d'extrême droite tendance Bruno Mégret et un électron libre qui tente de se présenter ne troublent guère le face-à-face de la ministre et du maire sortant. «C'est le type de municipale où il y a affrontement entre deux personnes», souligne Jean-Pierre Tenoux, de L'Est Républicain.

Rendue nerveuse par les sondages qui prédisent qu'elle ne prendra pas la mairie, Dominique Voynet tente d'attaquer Gilbert Barbier sur le terrain politique. Elle dénonce ainsi, lors d'un débat sur FR3, ses connivences «parfois jusqu'à l'extrême droite». «Mensonges», s'indigne le maire qui repousse calmement les assauts. Il sait que l'image de Dominique Voynet n'est pas bonne aux yeux des Français comme des Dolois, que sa fonction de ministre de l'Environnement n'est, en l'occurrence, pas un atout. Dans cette région qui vote plutôt à gauche lors des scrutins nationaux – Dominique Voynet a ravi à Gilbert Barbier son siège de député en 1997 – le maire UDF joue des divisions de la gauche doloise. Il s'emploie subtilement à marquer son indépendance face à l'Etat et à dépolitiser le débat: «Dans les élections municipales, les gens ne s'attachent pas à l'idéologie», dit-il, confiant.