Charles Millon, banni il y a trois ans de la classe politique traditionnelle pour son alliance avec l'extrême droite lors de l'élection à la présidence du Conseil régional Rhône-Alpes, a fait un retour en force depuis le premier tour des municipales lyonnaises. Dimanche dernier, ses listes ont fait pratiquement jeu égal avec celles de la liste d'union UDF-RPR. Surtout, en devançant le dirigeant centriste, Michel Mercier, dans le Ve arrondissement, il a poussé celui-ci à se retirer et l'a mis hors jeu pour le fauteuil de maire. Dans la foulée, il n'a fait qu'une bouchée de son remplaçant à la tête de l'union de la droite, le gaulliste Jean-Michel Dubernard. Après l'avoir traité en public de tous les noms – «T'es con comme un balai!» –, il a imposé en quarante-huit heures une fusion des listes pour le second tour. Une fusion dont Jean Michel Dubernard avait répété tout au long de la campagne qu'il n'en voulait pas et ne la ferait jamais.

Jacques Chirac a mis tout son savoir-faire pour pousser Jean-Michel Dubernard à cet accord avec Charles Millon «seul capable d'empêcher Lyon de basculer à gauche». Ce qui a donné droit à un moment savoureux lorsque Jean-Michel Dubernard, appelant au téléphone le président de la République depuis le bureau de Michel Mercier, a trouvé pertinent de montrer qu'il avait la ligne directe de Chirac en mettant le haut-parleur. Michel Mercier a ainsi pu entendre le président de la République lancer à Dubernard: «Alors Max (surnom de Dubernard)! Bravo, tu as réussi à mettre dehors Mercier. Vas-y maintenant, fonce avec Millon, tu auras la mairie de Lyon.»

Depuis, les relations entre l'UDF et le RPR sont assez fraîches. Et les dirigeants de la formation déchue traînent singulièrement les pieds pour prendre leur part dans la campagne d'«union» avec Charles Millon. Mieux même, en dépit de l'accord passé avec le candidat dissident, des têtes de listes ont gâché volontairement la fête des retrouvailles à droite, en maintenant leurs listes au deuxième tour. Il a fallu à Charles Millon et à Jean-Michel Dubernard toute la palette des possibilités de persuasion pour que ces récalcitrants rentrent dans le rang. Mais la cacophonie n'est pas pour autant terminée à droite, les dirigeants centristes y allant de leurs petites phrases assassines sur ses partenaires de «l'union»: «Millon a tort: Dubernard n'est pas con comme un balai. Il est con comme pas deux!»

En toile de fond de ces règlements de compte, le maintien de Lyon à droite, et plus précisément pour le RPR de Jacques Chirac qui pourrait se consoler là d'éventuels déboires parisiens. L'UDF battue à Lyon, qui fut sa capitale, son dirigeant national François Bayrou reçoit une gifle à un an de l'élection présidentielle où il comptait se présenter. Mais Jacques Chirac pourrait carrément jouer la carte du dissident pour récupérer l'électorat de la droite dure dont Charles Millon pourrait être le champion superstar si sa stratégie parvient à conserver une ville que les sondages donnaient comme basculant à gauche.

La gauche, qui s'était un peu trop laissée conforter par ces sondages, a déchanté dimanche dernier. Elle progresse, nettement, en obtenant 32,96% ,mais ne fait pas la percée prévue. Le deuxième tour à Lyon va désormais pouvoir donner une traduction de la réalité du comportement centriste: les électeurs préféreront-ils sauver la ville des mains de la gauche en s'alliant avec la droite dure incarnée par Charles Millon ou, repoussant cette alliance, choisiront-ils de s'abstenir voire même de voter pour le dirigeant de la gauche plurielle?

Le candidat socialiste, Gérard Collomb, ne se présente plus désormais que sous l'étiquette de candidat des «Républicains de Lyon». Et dans la ville circulent des appels de personnalités du monde culturel, du monde économique, voire même d'élus de droite (l'adjoint RPR à la Culture de Raymond Barre notamment) à voter Gérard Collomb. Raymond Barre, le maire sortant, a aussi fait son pronostic: «Il appartiendra dimanche aux Lyonnais de choisir l'avenir qu'ils veulent pour leur ville.» Sans commentaire superflu, non consigne de vote!