Régulariser les clandestins en échange du financement de la construction d’un mur «solide et beau» entre les Etats-Unis et le Mexique. Voilà l’arrangement que propose Donald Trump au Congrès. But recherché: débloquer les crispations entre démocrates et républicains, et permettre l’adoption du budget 2018. Le «deal» a toutefois un goût amer à la fois pour les démocrates et l’aile la plus conservatrice du parti républicain.

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Accès à la citoyenneté au bout de dix, douze ans

Au Congrès, les tensions se sont concentrées ces derniers jours autour des 800 000 «Dreamers», ces clandestins arrivés mineurs aux Etats-Unis. Donald Trump a décidé d’abroger le programme DACA en septembre, un programme mis sur pied par Barack Obama qui leur accordait une protection et le droit de rester et travailler légalement aux Etats-Unis. Les démocrates se sont fait un point d’honneur de ne rien céder. Faute d’accord au Sénat, les Américains viennent de vivre trois jours de «shutdown», une fermeture partielle de l’administration fédérale. La Maison-Blanche a cherché à mettre fin au plus vite au psychodrame. Elle propose désormais non seulement de protéger ces «Dreamers» mais aussi de faciliter l’accès à la citoyenneté américaine aux 1,8 million de migrants clandestins sur sol américain qui peuvent montrer patte blanche. Ils pourraient être naturalisés au bout de dix à douze ans.

Mais ceci à un prix. En échange, Donald Trump, qui vient de préciser son plan après avoir plus d’une fois donné des signaux contradictoires, demande au Congrès de valider une enveloppe de 25 milliards de dollars pour lutter contre la migration illégale et surtout de concrétiser le mur frontalier, qu’il promet de construire. Dit simplement, la proposition revient à régulariser tous les clandestins déjà sur sol américain, pour ensuite fermer le robinet, verrouiller les frontières.

Pris en otage

Donald Trump prend des risques. Sa proposition fâche les républicains les plus conservateurs, qui refusent de faire la moindre concession sur les «Dreamers», même si le regroupement familial est limité aux seuls conjoints et enfants mineurs. Pour les démocrates, le choix proposé est cornélien: refuser la moindre concession sur le mur, c’est pousser 1,8 millions de clandestins dans la redoutable machine à expulsions. Ils se sentent pris en otage. Ce plan est une «nouvelle attaque contre les immigrés, qui utilise les Dreamers comme monnaie d’échange», s’est insurgée, sur Twitter, Dina Titus, une représentante démocrate du Nevada. Son collègue, Luis Gutierrez, va plus loin: «25 milliards de dollars de rançon pour les Dreamers accompagnés de coupes dans l’immigration légale et de hausses des expulsions, c’est risible.» Le sénateur Dick Durbin parle, lui, de «croisade pour séparer des familles, et dépenser des milliards des contribuables américains pour un mur qui ne sera pas efficace».

Le parti démocrate va tenter d’arracher de nouvelles concessions. Et pourrait, par exemple, s’engager uniquement à renforcer certaines parties du mur qui existent déjà. Dans les faits, les prédécesseurs de Donald Trump ont déjà érigé des pans de murs, barricades ou grillages sur près d’un tiers des 3200 kilomètres de frontière entre les deux pays. Il sera de toute manière impossible à Donald Trump de verrouiller toute la frontière comme annoncé de manière grandiloquente pendant sa campagne. A cause d’obstacles géographiques, mais aussi juridiques. Des terrains restent en mains de propriétaires privés.

Autre volet du plan de la Maison-Blanche, moins controversé: la fin du système de loterie qui permettait à près de 45 000 personnes, chaque année, d’obtenir une «green card», soit le droit de s’installer aux Etats-Unis. Donald Trump est bien décidé à privilégier une immigration «basée sur le mérite». Les tractations promettent d’être serrées. Le Sénat a jusqu’au 8 février pour se prononcer. Avec une question, cruciale: qui des démocrates ou de Donald Trump va devoir faire marche arrière?


Les Etats-Unis lèvent l'interdiction visant les réfugiés de 11 pays

La nouvelle est tombée lundi soir, à la veille du très attendu discours sur l'état de l'Union de Donald Trump devant le Congrès. Les Etats-Unis ont levé lundi l'interdiction d'entrée sur le territoire américain qui ciblait des réfugiés de 11 pays, mais ont en contrepartie durci leurs conditions d'admission, indique le département de la Sécurité intérieure (DHS) dans un communiqué.

Les responsables américains n'ont pas dévoilé la liste des pays concernés, mais il s'agirait de l'Egypte, l'Iran, l'Irak, la Libye, le Mali, la Corée du Nord, la Somalie, le Soudan du Sud, le Soudan, la Syrie et le Yémen, selon les indications d'organismes s'occupant de réfugiés.

Les Etats-Unis avaient annoncé en octobre la suspension de l'interdiction d'entrée des réfugiés, quatre mois après sa mise en place dans le cadre d'un décret migratoire très controversé. L'administration Trump a également décidé de réduire drastiquement le nombre d'admissions de réfugiés permises aux Etats-Unis pour 2018. Seulement 45 000 personnes seront admises, contre 53 000 en 2017. (AFP)