C'est dans une atmosphère moins détendue que d'habitude qu'Ariel Sharon a entamé lundi son voyage de trois jours aux Etats-Unis. Certes, officiellement, tout va toujours pour le mieux entre l'Etat hébreu et l'administration américaine. Mais le premier ministre israélien a été précédé à Washington par son homologue Mahmoud Abbas et ce dernier a manifestement réussi à convaincre George Bush d'exercer des pressions sur Sharon afin qu'il ordonne l'arrêt de la construction du «mur de séparation» dont la première tranche – 128 km – sera achevée jeudi.

Rencontrant la conseillère présidentielle Condoleezza Rice ainsi que d'autres membres de la «garde rapprochée» de Bush, Sharon a évidemment mis en avant la décision prise dimanche par son gouvernement – «en gage de bonne volonté envers l'Autorité palestinienne et alors que la «feuille de route» ne nous y oblige pas» – de libérer 530 prisonniers palestiniens parmi lesquels 210 membres du Hamas ou du Djihad islamique. En outre, même si le nombre d'accrochages armés a diminué de manière sensible, l'entourage du premier ministre israélien a accusé l'Autorité palestinienne «de ne rien faire pour démanteler l'infrastructure du terrorisme». Un argument renforcé par la découverte, lundi matin, du corps du caporal Oleg Chaichat, un jeune soldat de Tsahal enlevé il y a une semaine dans le nord d'Israël.

Tracé initial modifié

Cependant, ces arguments n'ont pas empêché l'administration américaine d'exiger d'Israël un ralentissement des travaux de construction du mur et, en tout cas, une modification importante de son tracé. Une demande qui sera sans doute réitérée ce mardi par George Bush en personne. En effet, à l'origine, le mur était prévu pour empêcher les infiltrations terroristes palestiniennes en Israël, ce que la Maison-Blanche comprend d'ailleurs bien. Mais au fil du temps, le tracé initial de cet ouvrage bétonné et pourvu de tours de guet ainsi que de systèmes électroniques de détection a été modifié pour en faire une véritable frontière passant parfois au milieu de la Cisjordanie. Il «protégera» ainsi plusieurs colonies dont Ariel, qui se trouve en plein centre des territoires palestiniens. S'avançant aussi profondément en Cisjordanie, il annexe de facto des milliers d'hectares de terres agricoles palestiniennes auxquels leurs légitimes propriétaires vivant de l'autre côté du mur n'auront plus accès.

L'administration américaine considère donc cet ouvrage comme un obstacle au démarrage d'un véritable processus de paix. Car la frustration monte parmi les habitants des villages palestiniens proches du chantier, qui sont expropriés de manière expéditive, voire expulsés lorsqu'ils refusent de signer les documents que leur soumet l'administration israélienne (et qu'ils ne comprennent d'ailleurs pas puisqu'ils sont rédigés en hébreu). Depuis quelques semaines, les manifestations violentes se multiplient le long du chantier (cinq blessés ce lundi) et elles risquent à terme de déclencher une troisième Intifada.