«Il remportera le premier, puis le second tour des élections. De toute façon, il a répété qu'il ne quitterait pas le pouvoir», confie ce vétéran de l'Ouganda, qui a survécu à trois coups d'Etat et connaît bien le président. Yoweri Kaguta Museveni, 61 ans et chef de l'Etat ougandais, fête cette année ses vingt ans de pouvoir.

Exil durant l'ère Amin Dada

L'ancien étudiant en sciences politiques et économiques de l'Université de Dar es Salam s'était exilé en Tanzanie de 1971 à 1979, pendant les années de terreur d'Idi Amin Dada. C'est à cette époque qu'il se forgera une culture politique révolutionnaire. Il nouera de solides liens avec le Mouvement de libération du Mozambique et avec le chef de l'Armée de libération du Sud-Soudan, John Garang. A la chute d'Amin Dada, à laquelle il participe militairement, Museveni devient brièvement ministre de la Défense. En désaccord avec le président Milton Obote, il rejoint le maquis et, à la tête de l'Armée nationale de résistance, il s'empare de Kampala le 26 janvier 1986. Yoweri Museveni est alors le chef d'un gouvernement provisoire pendant dix ans. Il ne commencera son premier mandat qu'en 1996 pour être réélu en 2001…

Si le président ougandais n'est pas un modèle, alternant main de fer et diplomatie, il a cependant relevé un pays en ruine.

Après les années Idi Amin Dada et six ans de guerre civile, l'arrivée de Museveni a été perçue comme une bénédiction par les Ougandais. L'ancien rebelle s'est vite attiré les bonnes grâces de la Banque mondiale et des Américains en se convertissant au libéralisme. Pendant les années 1990, l'Ouganda est devenu progressivement le bon élève africain. L'économie, sans être florissante, s'est bien développée et, grâce à des campagnes de prévention efficaces, le taux de prévalence du sida a baissé de 18% en 1990 à 6% l'an dernier.

Yoweri Museveni s'est pourtant fait tirer l'oreille lorsqu'il s'est agi de démocratiser son régime. En 2005, la situation s'est dégradée. Dans le nord du pays, la guerre avec l'Armée de libération du seigneur (LRA) n'en finit plus et le général-président, qui tire profit du conflit, ne semble pas pressé de le voir se terminer.

Multipartisme à reculons

Devant l'augmentation de la corruption et le maintien d'un régime de parti unique (ndlr: les autres partis n'ont existé qu'officieusement pendant deux décennies), les bailleurs de fonds internationaux parmi lesquels l'Irlande, la Suède, la Grande-Bretagne et la Banque mondiale ont réduit leur aide. Fin tacticien, le général-président a alors accepté d'introduire le multipartisme en juillet dernier, en échange d'une modification de la constitution qui lui permet de briguer un troisième mandat.

Cinq candidats

La place de président est si confortable que Yoweri Museveni ne veut plus la quitter. A Kampala, dans le quartier populaire de Nsambya, des militants du Mouvement de résistance nationale (NRM), le parti de Museveni, tout de jaune vêtus, ont installé un mannequin de leur président fétiche dans une chaise longue en osier, symbole fort s'il en est. Ils ont 20 ans. Ils sont nés au moment où le général rebelle a pris le pouvoir et ils scandent à tue-tête: «Museveni président.» Si Kampala vibre ces jours-ci au rythme des rassemblements des partisans de Yoweri Museveni, tous les Ougandais sont loin de partager aujourd'hui cette fièvre. «Il y a tout de même un problème de liberté. On ne peut pas parler passé une certaine limite», déplore cet ancien repenti de la LRA, devenu photographe.

Afin de mettre toutes les chances de son côté pour les élections, le président a ainsi jeté en prison son rival Kizza Besigye pendant quarante-cinq jours, l'accusant de viol et de trahison, avant de le faire libérer début janvier. Le multipartisme est une nouveauté en Ouganda et les partis politiques d'opposition sont encore mal organisés. Outre le général-président, quatre autres candidats se disputent avidement le pouvoir, mais un seul, Kizza Besigye, leader du Forum pour le changement démocratique (FDC), a une chance de bousculer l'actuel chef de l'Etat. A côté des poids lourds de la présidentielle du 23 février, les trois autres candidats font pâle figure.

Selon les dernières estimations du quotidien The Monitor , le candidat Museveni devrait remporter le premier tour des élections avec 47% des voix. Kizza Besigye, principal rival du général-président, obtiendrait pour sa part 36%. Les trois autres candidats, parmi lesquels se trouve la veuve de l'ancien dictateur Milton Obote, Miria Obote, recueilleraient pour leur part moins de 10% des voix. Yoweri Museveni est solidement implanté et semble bien parti pour effectuer un troisième mandat. Un de trop?