Le texte était prêt depuis quelques jours, réaction mûrement réfléchie aux attentats de Madrid. La série d'arrestations spectaculaires conduites mardi à l'aube dans la banlieue de Londres a obligé le Conseil britannique musulman (CBM) d'en réécrire des passages, et d'insister davantage sur la nécessité pour toute la communauté islamique du Royaume-Uni (quelque 2,5 millions de personnes) de condamner, mieux, de combattre, le terrorisme et l'extrémisme. C'est la première fois que des représentants des musulmans de Grande-Bretagne prennent une position aussi claire.

La lettre du CBM, qui engage les musulmans à «la plus grande vigilance» pour «sauvegarder» l'intégrité du Royaume-Uni, a été adressée à toutes les mosquées du pays. Les sermons de vendredi devraient relayer le message que le Coran interdit la violence, et qu'une bombe tue sans faire de distinctions religieuses. Le premier ministre Tony Blair en a profité pour affirmer que ce geste montrait une fois de plus que «le terrorisme n'a rien à voir avec le vrai message de l'islam». Il y a quelques mois, le ministre aux Affaires européennes, Denis MacShane, avait soulevé la controverse en se plaignant publiquement du manque d'engagement des responsables musulmans dans la lutte antiterroriste.

Recruteurs extrémistes

La clarification du CBM traduit aussi l'inquiétude suscitée, au sein des musulmans britanniques, par l'apparition suspectée d'une génération très jeune, souvent d'origine pakistanaise, prête à sombrer dans le radicalisme le plus terrifiant. Ces derniers mois, des preuves tangibles de l'enrôlement de Britanniques au sein des commandos-suicides qui opèrent en Israël ont été mises au jour. Plusieurs mosquées ont détaillé leur lutte pour empêcher des recruteurs extrémistes d'agir auprès des jeunes défavorisés de la communauté islamique. Et mardi, la plus importante opération antiterroriste conduite en Grande-Bretagne depuis le 11 septembre 2001, mobilisant 700 policiers, les services de renseignements (MI5), les services secrets (MI6) et les services d'écoutes (GCHQ), a abouti à l'arrestation de huit individus, tous âgés de 17 à 22 ans, sauf un de 32 ans.

Les forces de l'ordre interrogeaient toujours les suspects mercredi soir et, selon la loi antiterro-riste de 2000, disposent encore de quarante-huit heures avant de les inculper ou de demander une extension de quatre jours de garde à vue. Ils sont soupçonnés d'avoir planifié un attentat à la bombe de nitrate fioul (une demi-tonne de nitrate d'ammonium a été retrouvée dans un hangar, cinq fois plus que la bombe qui a fait 202 morts à Bali en octobre 2002), peut-être contre un centre commercial des environs de Londres.

Les musulmans de Grande-Bretagne tentent aussi, par leur geste, de combattre l'islamophobie grandissante qui les stigmatise. Mais déjà, mercredi après-midi, des voix discordantes, émanant de groupes moins conciliants que le CBM, soumettaient la coopération de la communauté à des conditions, notamment l'abandon d'une politique étrangère «favorable à Israël et aux Etats-Unis».