Dix jours après la votation suisse sur les minarets, Nicolas Sarkozy a pour la première fois, dans les colonnes du quotidien Le Monde, réagit sur le résultat helvétique. Celui-ci avait provoqué une onde de choc dans toute l’Europe, ainsi qu’en France, où la classe politique débat actuellement sur la question de l’identité nationale.

«Peut-on répondre par oui ou par non à une question aussi compliquée, qui touche à des choses aussi profondes?», s’interroge Nicolas Sarkozy. «Je suis convaincu que l’on ne peut que susciter des malentendus douloureux […] en apportant une réponse aussi tranchée à un problème qui doit pouvoir être résolu au cas par cas dans le respect des convictions et des croyances de chacun», explique-t-il.

Le président français rend cependant hommage à la démocratie suisse, «plus ancienne que la nôtre», et stigmatise «les réactions excessives, parfois caricaturales» que le vote a provoquées en France.

Question sensible

La prise de position de Nicolas Sarkozy était très attendue. La votation suisse a suscité un malaise en France, au moment où le pouvoir organise un grand débat sur l’identité nationale qui, par beaucoup d’aspects, s’assimile à un débat sur l’immigration.

La France accueille la communauté musulmane la plus nombreuse d’Europe avec 5 à 6 millions de membres. Selon un sondage, une majorité relative des Français est opposée à la construction de nouveaux minarets, alors que le pays ne compte qu’une soixantaine.

Le gouvernement avance très prudemment sur cette question et a fait savoir qu’il n’était pas hostile aux minarets, à condition qu’ils s’intègrent de «façon raisonnable» dans l’environnement des villes. Pour Nicolas Sarkozy, les cultes doivent se pratiquer en France avec une «humble discrétion».

«Chrétien, juif ou musulman, homme de foi, quelle que soit sa foi, croyant, quelle que soit sa croyance, chacun doit savoir se garder de toute ostentation et de toute provocation», ajoute Nicolas Sarkozy qui s’est prononcé à plusieurs reprises pour l’interdiction de la burqa en France.

Dans le respect de la laïcité

La France a pour principe fondamental la laïcité, qui instaure une neutralité des pouvoirs publics à l’égard des religions et les confine à la seule sphère privée. Dans le même temps, le président français demande très clairement aux musulmans de ne pas heurter, dans la pratique de leur foi, la tradition «chrétienne» de la France.

«Je veux leur dire aussi que, dans notre pays, où la civilisation chrétienne a laissé une trace aussi profonde, où les valeurs de la République sont partie intégrante de notre identité nationale, tout ce qui pourrait apparaître comme un défi lancé à cet héritage et à ces valeurs condamnerait à l’échec l’instauration si nécessaire d’un islam de France», écrit-il.

Selon Nicolas Sarkozy, les Européens en général «ne veulent pas que leur cadre de vie, leur mode de pensée et de relations sociales soient dénaturés». «Le métissage ce n’est pas la négation des identités, c’est pour chacun, vis-à-vis de l’autre, la reconnaissance, la compréhension et le respect», affirme-t-il encore. «L’identité nationale c’est l’antidote au tribalisme et au communautarisme», estime-t-il.

Le chef de l’Etat est à l’origine d’un débat lancé en France sur l’identité nationale le 25 octobre. Pour l’opposition, le but est surtout de raviver les peurs à l’égard des immigrés afin de conforter l’électorat le plus à droite avant les élections régionales de mars.