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Myriam El Khomri s'exprime durant la séance de questions au gouvernement du 8 mars.
© ALAIN JOCARD

France

Myriam El Khomri doit s’allier aux syndicats réformistes

La jeune ministre du travail, élue parisienne, sait qu’elle se retrouve l’otage de l’implosion de la gauche française

L’image est l’un des cauchemars de Myriam El Khomri. Début 2006, en pleine bataille syndicale et étudiante contre le projet de «contrat première embauche» du premier ministre de droite Dominique de Villepin (retiré sous la pression de la rue), le maire socialiste de Paris Bertrand Delanoë descend à son tour dans la rue pour prôner le rejet de ce texte, finalement retiré. Et si Anne Hidalgo, qui lui a succédé à la tête de la capitale en 2014, décidait de faire de même pour dénoncer le texte porté par celle qui fut sa porte-parole, et s’occupa, comme élue parisienne, de la protection de l’enfance puis de la sécurité? «Elle le vivrait très mal, explique un de ses conseillers. Myriam sait que le risque, dans cette bataille, est de se retrouver victime des règlements de comptes entre les différentes factions d’une gauche déboussolée.»

Lire aussi : Cette paralysie sociale qui épuise la France

Le parcours de la ministre du Travail, nommée mi-2015 à 37 ans en remplacement du cacique socialiste François Rebsamen, reparti dépité dans sa mairie de Dijon, ne présente malheureusement guère d’atouts pour lui permettre d’arbitrer entre partenaires sociaux. Bien affûtée sur les problématiques d’emploi, cette mère de famille née d’un couple mixte franco-marocain, n’a pas fait ses armes dans d’autres batailles sociales. Elle s’est, en plus, tiré d’emblée une balle dans le pied en ne sachant pas répondre à la TV, sitôt après avoir accepté son poste, à une question sur le nombre de renouvellements autorisés des contrats à durée déterminée (deux fois). Le tout, dans un contexte d’éclatement de la gauche depuis les engagements du candidat Hollande en 2012, élu sur sa promesse d’une Europe plus sociale: «On ne peut pas dissocier le climat qui entoure cette réforme de l’immense frustration du quinquennat, juge Patrick Levy-Waitz. Les cartes de la gauche française sont complètement brouillées.»

Jouer sur les divisions

Comment s’en sortir? «Il faut d’abord redire que nous n’en sommes pas encore à la crise sociale majeure et au blocage généralisé, poursuit notre interlocuteur. Il reste donc un peu de marge.» Avec une évidence: «L’accord ne pourra jamais passer s’il n’est pas au moins soutenu, une fois renégocié, par les réformistes sociaux-démocrates du syndicat CFDT.» A Myriam El Khomri, donc, le soin d’exploiter la division syndicale, en mettant en avant le progrès constitué par le compte personnel d’activité, ou en reprécisant le contenu des articles sur les licenciements, tabou absolu pour l’aile gauche du PS dirigée par Martine Aubry, qui en a fait sa principale cible. «Elle ne peut l’emporter dans ce bras de fer que si elle valorise les contreparties sociales positives», pronostique l’un des signataires du texte publié dans Le Monde par la maire de Lille le 24 février, qui a mis le feu aux poudres.

Le pari de Manuel Valls

Quand au résultat politique? Manuel Valls, prêt à tout pour apposer son nom à ce qu’il espère être la principale réforme du quinquennat, mise déjà sur les voix d’une partie des députés de droite et du centre. Quitte, s’il le faut, à engager de nouveau la responsabilité de son gouvernement. «Si le premier ministre parvient à acter l’idée que grâce à ce texte, la France s’est enfin modernisée, il aura marqué des points pour l’avenir, conclut Patrick Levy-Waitz. Si l’opposition au texte devient ingérable en revanche, et s’il doit reculer, il n’aura plus qu’à démissionner.»

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