Après une série d’attentats à la bombe jeudi soir et vendredi dans la partie sud de la Thaïlande qui ont tué quatre personnes et blessé au moins 35 autres, aucun élément tangible ne permet encore de déterminer de manière tranchée qui est derrière cette campagne de violence.

Les cibles visées étaient presque exclusivement des lieux très fréquentés par les touristes locaux et étrangers. Quatre explosions ont retenti dans la station balnéaire de Hua Hin, à 200 kilomètres au sud de Bangkok, laquelle était bondée au début d’un long week-end marquant l’anniversaire, vendredi, de la reine de Thaïlande. Plus au Sud, deux autres ont secoué la ville côtière de Surat Thani. L'île touristique de Phuket, la plage de Khao Lak, plus au nord, et la ville côtière de Trang, en bord de la mer d'Andaman, ont aussi été touchées par des explosions. 

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Le chef de la junte: «Créer le chaos»

Réagissant vendredi matin, le chef de la junte et premier ministre Prayuth Chan-ocha a lié ces attaques à la crise politique dans laquelle le pays est embourbé depuis dix ans. «Ces explosions visent à créer le chaos et la confusion», a-t-il lancé. «Posez-vous la question de savoir pourquoi ces attentats interviennent maintenant alors que le pays retrouve une meilleure stabilité et que l’économie et le tourisme sont en train de se redresser?», a-t-il visiblement très agité.

En ligne de mire, les Chemises rouges

Plusieurs politiciens qui soutiennent ouvertement le régime militaire, comme Suthep Thaugsuban, le chef des chemises jaunes dont les manifestations massives à Bangkok avaient débouché sur le coup d’Etat de mai 2014, sont encore plus explicites et pointent le doigt nommément vers les chemises rouges, opposants à la junte et alliés de l’ancien premier ministre Thaksin Shinawatra renversé lors d’un précédent coup d’Etat en 2006.

«Ces attentats sont le fait d’un groupe qui veut discréditer la junte, parce que celle-ci est déterminée à exercer un contrôle absolu du pouvoir et à maintenir son influence», estime Thaworn Senneam, un lieutenant de Suthep. La police, elle, se garde de spéculer et dit ne pouvoir émettre aucune hypothèse solide pour l’instant.

Quoi qu’il en soit, il est clair que ces attaques interviennent à un moment clé de la crise politique thaïlandaise. Dimanche dernier, un projet de Constitution rédigé sous la supervision de la junte a été approuvé largement lors d’un référendum. La proportion des «oui» a été particulièrement forte dans ces régions du sud – celles, justement, touchées par les explosions. Cette réforme constitutionnelle permet à la junte de contrôler, par le truchement d’un Sénat entièrement nommé par elle, le gouvernement qui émergera après des élections prévues en novembre de l’an prochain.

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Les opposants n’ont jamais commis de telles violences

Toutefois, jamais les opposants à la junte n’ont commis des actions violentes d’une telle envergure. Jusqu’à présent les très rares incidents violents perpétrés par des militants chemises rouges, se sont limités à l’explosion d’une grenade qui a légèrement endommagé un véhicule dans le parking d’un tribunal de Bangkok.

L’autre hypothèse possible est celle d’une action des groupes séparatistes musulmans de l’extrême-sud du pays. Cette insurrection ethno-nationaliste déstabilise par des attaques et des attentats à la bombe très fréquents trois provinces proches de la frontière malaisienne: Pattani, Yala et Narathiwat. Mais les rebelles, qui disent lutter contre «l’Etat central», s’en prennent généralement aux Thaïlandais bouddhistes et aux militaires, et non pas aux touristes étrangers. Ils ont aussi rarement lancé des opérations à l’extérieur des trois provinces. S’il s’avérait que ces opérations sont le fait de l’insurrection musulmane du sud, cela marquerait une montée en puissance drastique du mouvement et un changement total de stratégie.

Une dernière hypothèse serait celle d’une action de groupes soutenant la cause des Ouïgours du Xinjiang. Les explosions interviennent à quelques jours du premier anniversaire de l'attentat meurtrier au centre de Bangkok qui avait tué 20 personnes, notamment des touristes chinois. A la suite de cette attaque, plusieurs Ouïgours ont été arrêtés et sont toujours en détention. Cet attentat avait été motivé par la déportation par Bangkok vers la Chine d’une centaine de migrants illégaux venus du Xinjiang.

L’hypothèse d’un lien avec les explosions des deux derniers jours et l’attentat de l’Erawan du 17 août 2015 n’est pas incohérente. Mais il semble difficile pour un groupe étranger d’organiser une telle campagne coordonnée d’attaques sur le sol thaïlandais. Le mystère reste donc entier.