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Le mystère entoure les violences à Kumanovo

Les questions restent sans réponse une semaine après la sanglante opération antiterroriste. L’opposition appelle à un grand rassemblement dimanche

Les violences à Kumanovo restent inexpliquées

Macédoine Questions sans réponse une semaine après la sanglante opération antiterroriste

L’opération «antiterroriste» déclenchée samedi dernier par la police macédonienne dans un quartier albanais de Kumanovo a débuté à 4 h 20, à l’heure de la première prière musulmane (LT du 12.05.2015). «Immédiatement, nous nous sommes cachés dans la cave, explique Cazim Azemi, un homme aveugle d’une trentaine d’années. Nous y sommes restés jusqu’à 18 heures, puis la police a investi la maison. Ils nous ont fait sortir, ils ont évacué les femmes et ils ont collé tous les hommes contre un mur, les mains liées dans le dos. Je leur disais que j’étais aveugle, mais ils nous frappaient. Nous avons été conduits à la station de police d’Avtokomanda, à Skopje. Nous y sommes restés vingt-quatre heures, sans manger, la plupart du temps obligés de rester debout.» L’homme éclate en sanglots avant d’achever son récit.

Hommes armés signalés

Toits éventrés, murs noircis, tout le quartier de Divo Naselje offre un visage de désolation. La plupart des maisons, incendiées, sont promises à la démolition; 67 maisons ont été détruites par les explosions, labourées par les blindés de la police. Depuis que cette dernière a levé son blocus, de nombreux habitants de la ville viennent visiter les sinistrés, apporter un peu d’aide ou de nourriture.

Les 14 membres du mystérieux groupe abattus par la police ont été identifiés, ainsi que plusieurs de ceux qui ont été arrêtés, selon les données imprécises communiquées par les autorités macédoniennes, qui ont évoqué la présence de «70 terroristes», puis seulement d’une quarantaine. Il s’agit de figures connues, des Albanais de Macédoine et du Kosovo, liées aux divers trafics qui fleurissent dans la zone. Leur présence dans ce quartier urbain, a priori peu propice à l’ouverture d’un foyer de guérilla, demeure pourtant inexpliquée.

Le maire de Kumanovo, Zoran Damjanovski, un des rares élus d’opposition à diriger encore une grande ville, assure que la présence d’hommes armés avait été signalée «depuis une semaine» par certains habitants. «La police avait cette information, mais lancer une telle opération dans un quartier densément peuplé était une folie, qui ne pouvait que provoquer un carnage.»

La Serbie assure que ses services avaient prévenu dès le mois de février les autorités macédoniennes de la possibilité d’une attaque terroriste. Et au Kosovo, la presse affirme que l’Agence de renseignements (AKI) avait averti, ce même mois de février, les plus hautes autorités de l’Etat que des agents des services macédoniens chercheraient à recruter des mercenaires au Kosovo. Cette information a été confirmée par le président de la Commission parlementaire pour la supervision de l’AKI, Haxhi Shala, mais les deux partis de la majorité (PDK et LDK) ont refusé l’ouverture d’un débat devant le parlement.

Selon l’opposition macédonienne, qui a appelé à un grand rassemblement dimanche, le gouvernement aurait monté de toutes pièces une opération cherchant à faire diversion et à ressouder l’opinion macédonienne face à la menace du «nationalisme albanais». Une rumeur récurrente prétend qu’une «agence de communication française» aurait conseillé le gouvernement pour élaborer un tel scénario. Il demeure difficile de comprendre comment des combattants aguerris ont pu se laisser prendre dans le «piège» de Kumanovo.

«Modèle de cohabitation»

Même si la tension reste vive à Kumanovo, l’ambiance qui prévaut en Macédoine ne rappelle en rien celle de 2001, quand le pays avait failli basculer dans la guerre civile. «Nous n’avons aucun problème avec les Macédoniens, nous voulons vivre en paix avec tout le monde, c’est le gouvernement qui est terroriste», poursuit Azem Ibrahimi, qui fait visiter sa maison détruite, tout en critiquant autant le parti albanais de la coalition gouvernementale que le premier ministre, Nikola Gruevski.

Le maire Zoran Damjanovski assure que sa commune était «un modèle de cohabitation» entre les communautés, tout en reconnaissant que la position de Kumanovo, à quelques kilomètres des frontières du Kosovo et de la vallée de Presevo, région de Serbie, elle aussi majoritairement albanaise, en faisait une base commode pour lancer une opération de «déstabilisation».

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