Les Unités Ayman Djoudah et le Groupe du martyr Massoud Ayad – des cellules dissidentes du Fatah – ont revendiqué jeudi l'enlèvement de deux officiers israéliens qui circulaient en jeep aux environs de Naplouse (Cisjordanie). Malgré la censure militaire interdisant aux médias de l'Etat hébreu de relater cette affaire hautement sensible – le porte-parole de Tsahal a reconnu toutefois qu'un soldat «a été légèrement blessé en Cisjordanie par des tirs» – les cercles habituellement bien informés de Jérusalem bruissaient, hier, de rumeurs selon lesquelles les deux hommes avaient été fusillés au cours d'un simulacre de procès, voire torturés et lynchés. Plus tard dans la soirée, l'état major israélien reconnaissait qu'une enquête était en cours.

A Ramallah, les services de sécurité palestiniens qui participaient aux recherches à la demande de leurs homologues israéliens refusaient de confirmer que les deux disparus avaient été tués. Ils juraient également qu'ils «ne savaient rien de ce qui s'est passé». En revanche, ils ont reconnu qu'une jeep militaire vide a été retrouvée à proximité du camp de réfugiés de Balata (le bastion des groupes radicaux de Cisjordanie partisans de la poursuite de l'Intifada) mais ils affirmaient que les deux hommes ont «peut-être déserté». En octobre 2000, c'est-à-dire au début du soulèvement palestinien, le lynchage public de deux réservistes israéliens qui s'étaient égarés dans la banlieue de Ramallah avait choqué l'opinion israélienne et déclenché le bombardement de plusieurs villes de Cisjordanie par les F-16 de l'Etat hébreu. C'est d'ailleurs à l'occasion de ces frappes que la plupart des commissariats, des prisons, et des centres nerveux de l'Autorité palestinienne (AP) avaient été détruits. Dans la foulée, plusieurs commandants des branches armées du Fatah et du Hamas avaient également été «liquidés».

Cette fois, tout porte cependant à croire que l'Etat hébreu ne réagira pas de la même manière. Parce que Yasser Arafat ne dirige plus l'Autorité palestinienne (AP) et parce qu'Israël ne pourrait se permettre de déclencher un nouveau cycle de violence à six semaines du retrait programmé de la bande de Gaza.

Parallèlement aux négociations secrètes en cours avec l'AP pour retrouver les deux disparus, Ariel Sharon et son ministre de la Défense Chaoul Mofaz accentuent toutefois leurs pressions sur Mahmoud Abbas afin qu'il ordonne à ses services de sécurité de démanteler les milices par la force. Ils profitent également de l'occasion pour exiger la livraison par l'AP d'une série de Palestiniens recherchés pour «terrorisme».

Cette fois, leurs arguments pèsent d'autant plus lourd que le premier ministre palestinien Ahmad Qoreï a conclu la semaine dernière un «accord de pacification» avec la Brigade des martyrs d'al-Aksa de Naplouse, le mouvement auquel les responsables des Unités Ayman Djoudah et du Groupe du martyr Massoud Ayad semblent plus ou moins liés. Selon cet accord, les militants de ces organisations seront intégrés dans les services de sécurité de l'AP – où ils percevront un salaire régulier – en échange de l'interruption de leurs opérations contre Israël.

De leur côté, Abbas et Qoreï ont tout intérêt à ce que l'affaire des deux soldats disparus se résolvent vite car depuis son voyage aux Etats-Unis, le président de l'AP cherche à convaincre la communauté internationale qu'il «tient les choses en main» et que sa politique visant à persuader les groupes du front du refus de participer au cessez-le-feu «porte ses fruits lentement mais sûrement». En outre, à cinq mois des prochaines élections législatives, tous les sondages réalisés dans les territoires montrent que la «fin de l'anarchie», la «restauration de l'autorité de l'AP» et la «remise au pas des milices autonomes» sont les trois exigences principales de l'opinion palestinienne envers ses dirigeants.