Où va Xi Jinping? Un an après sa prise de fonctions en tant que chef du Parti communiste chinois, le remplaçant de Hu Jintao apparaît plus mystérieux que jamais. Avant d’être en première ligne, il était l’un des motifs d’espoir des partisans de la réforme et de l’ouverture politique. A priori, le fait qu’il ait dirigé plusieurs régions avancées au plan économique faisait de lui un homme au fait des attentes des milieux d’affaires, lassés des ingérences de l’Etat dans l’économie. De même, son origine familiale semblait le positionner dans le camp des réformateurs, puisque son propre père, Xi Zhongxun, fut un des artisans de la libéralisation économique du Guangdong, aux origines de l’ouverture économique chinoise. Enfin, son style plus direct, son aisance face aux médias étrangers, son sens de la «com» lui donnaient une image de modernité cohérente avec ce portrait-robot d’un leader décidé à secouer l’archaïsme de l’Etat-Parti.

Aujourd’hui, c’est surtout un sentiment de flou qui domine. En ­semblant donner des gages aux progressistes comme aux conservateurs, Xi Jinping a brouillé les pistes. Certes, en début de mandat, sa tournée dans le sud du pays, comme en écho à celles de Deng Xiaoping dans la même région, se voulait placée sous le signe de l’ouverture. Les déclarations sur le fait qu’aucun citoyen ne devait être considéré comme au-dessus des lois allaient dans le même sens. Sa grande campagne de lutte contre le train de vie extravagant des officiels, et la lutte vigoureuse contre la corruption qu’il a impulsée, sont autant de signaux de sa volonté de remettre à sa place une caste devenue de plus en plus arrogante.

Mises au pas

Le problème est qu’au même moment, Xi Jinping semble avoir voulu se concilier les faveurs de la frange la plus à «gauche», dans la terminologie chinoise, de l’échiquier politique. Les voix dissonantes ont été mises au pas sur la blogosphère. Xi Jinping a appelé à constituer une véritable «armée» pour reprendre la main sur Internet. Il a fait circuler, auprès des cadres du parti, des textes mettant en garde contre la menace que constitue l’idéologie occidentale pour le parti.

Pour les optimistes, Xi Jinping a tout simplement fait le nécessaire pour consolider son pouvoir, en ménageant l’ensemble des sensibilités présentes au sein du parti. Mais pour beaucoup d’autres, il apparaît surtout comme l’homme qui ne veut pas toucher au consensus érigé après le massacre de Tiananmen, qui consiste à mixer ouverture économique et rigidité politique. Les conclusions du plénum annoncées hier, pleines de bonnes intentions mais dépourvues d’engagement précis, n’aident pas à clarifier les choses. L’hypothèse de le voir devenir le leader charismatique qui changera radicalement la Chine a encore perdu un peu plus en crédibilité.