Et si les appareils commerciaux israéliens étaient équipés de dispositifs antimissiles aussi performants qu'ultrasecrets? Le tir raté de deux missiles contre le Boeing 757 de la compagnie israélienne Arkia au moment de son décollage jeudi à Mombasa suscite de nombreuses interrogations sur ce thème, nourries par les premiers témoignages disponibles: celui du commandant de bord, qui raconte avoir ressenti un «choc» contre l'avion et avoir vu «deux sillages de fumée blanche passant de l'arrière vers l'avant de l'appareil»; celui d'un passager, affirmant que «le missile est passé environ 1 mètre au-dessus de l'aile».

Le fait que les appareils militaires – avions et hélicoptères – des pays occidentaux soient aujourd'hui munis de leurres antimissiles, mais surtout le fait qu'Israël a la réputation d'être en pointe dans ce domaine de très haute technologie, tend à accréditer cette hypothèse chez certains analystes. Selon un expert en missiles sol-air cité par le Financial Times, des sociétés russes proposent même depuis une année sur le marché des systèmes de contre-mesures.

Attirés par le soleil

Les leurres antimissiles à infrarouge actuellement en service sur les appareils militaires consistent en un Détecteur de départ de missile (DDM), sorte de capteur infrarouge qui peut être renforcé par une observation humaine. Une fois le départ d'un missile détecté, le DDM active automatiquement des leurres sous la forme d'une gerbe de feux d'artifice. Ces sources de chaleur attirent vers elles le missile, tandis que l'appareil visé effectue une manœuvre de dégagement.

Pour nombre d'experts, ces systèmes sont impensables à bord d'un avion civil car trop dangereux. «Neuf dixièmes de leur prix est absorbé par la sécurité du leurre lui-même, explique Jean-Vincent Brisset, ancien général de l'Armée de l'air français et directeur de recherche à l'IRIS. Ils demandent non seulement des équipements coûteux en place, mais aussi une intervention humaine importante difficilement envisageable à bord d'un avion civil.»

Faute d'éléments plus probants en ce qui concerne d'éventuels systèmes de leurre, l'échec de la tentative d'attentat s'explique a priori par les caractéristiques des deux missiles tirés: des Strela SS-16 de conception soviétique remontant aux années 1970 (appelé SAM-7 dans les forces occidentales), et dont le taux d'efficacité atteint 25%, selon certains analystes russes. Les missiles à infrarouge de cette génération ont même la réputation d'être plus volontiers attirés par le soleil que par leur cible. Selon les premiers éléments de l'enquête, ils ont été tirés depuis une zone située à 2 km de l'aéroport, quand leur portée limite est de 3000 mètres au mieux, 1500-2000 mètres en moyenne.