Mystérieux incendie sur un site militaire iranien

Iran La base de Parchin abriterait des laboratoires liés au programme nucléaire

Une explosion précédée d’un énorme flash orange s’est produite dimanche en fin de matinée selon les témoins cités par le New York Times, dans son édition datée de lundi. Qu’est-il donc arrivé à Parchin, dans les installations militaires ultra-sécurisées situées à une trentaine de kilomètres au sud-est de Téhéran, et que les inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) n’ont plus eu l’autorisation de visiter depuis 2005? Ce site appartenant à l’armée aurait été utilisé pour effectuer des tests balistiques en vue d’élaborer un missile capable de transporter une charge nucléaire. Il serait l’un des seuls à posséder les laboratoires et la technologie nécessaire pour expérimenter des têtes de missile.

Les autorités iraniennes ont confirmé la mort de deux personnes dans un incendie qui «s’est déclaré dans cet atelier de fabrication d’explosifs situé à l’est de Téhéran et malheureusement deux employés sont morts», a affirmé l’Organisation des industries de défense, citée par l’agence iranienne officielle Irna. Le lieu de l’accident mortel – Parchin, base sensible – et la concomitance avec les négociations sur le nucléaire qui se tiennent à Washington et sont arrivées dans une phase cruciale ont mis la puce à l’oreille des experts: s’agit-il d’un sinistre fortuit ou d’un attentat? Les sites d’expérimentation nucléaire et d’enrichissement de l’uranium, de même que les chercheurs iraniens chargés du dossier ont été par le passé visés par de mystérieux commandos.

Campagne d’assassinats

Tout commence le 15 janvier 2007, lorsqu’Ardeshir Hassanpour, un scientifique qui travaillait à la centrale nucléaire d’Ispahan, meurt dans des circonstances troubles. En 2011, le père du programme de missiles balistiques a été tué dans une explosion suspecte. En tout, une demi-douzaine de scientifiques travaillant dans le cadre du programme nucléaire iranien ont été assassinés ou ont disparu mystérieusement. Aucune revendication n’a jamais été publiée, mais les soupçons se sont portés sur Israël et sur l’opposition iranienne.

Outre la question de la responsabilité, l’incendie de Parchin interroge sur les activités qui s’y déroulent. Selon David Albright, spécialiste de la prolifération nucléaire et président de l’Institute for Science and International Security, basé à Washington, Parchin abriterait les installations les plus sophistiquées du pays en matière de balistique: «Avant 2004, elles ont certainement été utilisées en relation avec le programme nucléaire. Depuis, les photos satellite montrent que les Iraniens ont essayé de démanteler une partie des équipements. Mais recherches et tests pour les missiles conventionnels y sont encore réalisés.»