Portrait

Nadine Morano, le parcours d'une fille de l'est

A ses détracteurs sarkozystes, elle pilonne au micro de formules dignes des Tontons flingueurs, le virus des «manœuvres d’appareil» et l’obsession du «politiquement correct» qui leur fait «oublier le terrain» et tout «abandonner aux centristes»

Laurent Ruquier peut se préparer à la réinviter sur le plateau d’On n’est pas couché. Depuis sa sortie sur la «France de race blanche», Nadine Morano est dopée à l’adrénaline du scandale télévisé. Il est près de 20 heures, ce jeudi 29 octobre, et le Salon de l’Orb, à Béziers, affiche complet en attendant celle que ses partisans félicitent «d’être venue répondre à Sarkozy». Sur les murs, des posters du «Rassemblement pour le peuple de France», le microscopique parti fondé en 2012 par l’élue européenne de Lorraine. La confusion des initiales est calculée. RPF, pour l’assistance très majoritairement composée de sexagénaires ou plus, c’est le Rassemblement du peuple français créé, en 1947, par le Général de Gaulle pour s’opposer au «régime des partis» de la IVe République.

«La» Morano a, ces jours-ci, la fidélité en bandoulière. Fille de l’Est. Disciple gaulliste. Une Croix de Lorraine, à l’ombre de laquelle elle dit avoir «grandi» dans le quartier du Haut-du-Lièvre à Nancy, est plantée à la gauche du pupitre. Tandis qu’à droite, une affiche reproduit un extrait des Mémoires d’Espoir: «Sur le vaste champ de l’Europe, écrivait de Gaulle, j’ai de tout temps ressenti ce qu’ont en commun les nations qui la peuplent. Toutes étant de même race blanche, de même origine chrétienne, de même manière de vivre…»

Pourquoi pensez-vous qu’ils veulent m’éliminer? D’abord parce que je leur fais peur avec ma candidature à la primaire à droite. Ensuite parce qu’ils me connaissent. Ce que vous voyez là, c’est juste le début…

Le décor est planté. A elle, fille d’un chauffeur de poids lourd et d’une standardiste, mère de trois enfants, divorcée d’un ex-mari d’origine calabraise dont elle a conservé le patronyme, la cause de l’identité française chère à ce public qui dit ouvertement «se sentir de moins en moins chez soi» dans l’Hexagone, et félicite à tout-va Robert Ménard, le maire de Béziers proche de l’extrême droite, absent ce soir. A ses détracteurs sarkozystes, qu’elle pilonne au micro de formules dignes des Tontons flingueurs, le virus des «manœuvres d’appareil» et l’obsession du «politiquement correct» qui leur fait «oublier le terrain» et tout «abandonner aux centristes». Le 9 octobre, l’ancien président avait fustigé à Béziers «ceux qui voient la France comme une race». Nadine Morano se défend d’avoir tenu de tels propos: «Pourquoi pensez-vous qu’ils veulent m’éliminer?» lâche-t-elle au Temps. «D’abord parce que je leur fais peur avec ma candidature à la primaire à droite. Ensuite parce qu’ils me connaissent. Ce que vous voyez là, c’est juste le début…»

Popularité intacte au sein de l’aile dure des «Républicains»

Sans notes ni discours préparé, l’ex-ministre toujours populaire au sein de l’aile dure des «Républicains» – créditée de 5% aux primaires selon un sondage publié lundi – livre à son «cher peuple de droite» des propos sur mesure. Elle biche lorsque le député conservateur de l’Hérault, Elie Aboud, a rappelé aux 300 personnes présentes que «Morano rime avec ascenseur social» et qu’elle rafla, en 2002, une circonscription «toujours ancrée à gauche» de Meurthe-et-Moselle. Nadine Morano patiente. Puis elle décoche ses uppercuts. Les images de son voyage dans les camps de réfugiés syriens sont diffusées sur grand écran. Première salve: «J’accuse les dirigeants européens de nous mentir car ces migrants-là, ceux que j’ai rencontrés, ne reviendront jamais chez eux si on les accueille ici.» Applaudissements. Vient son refrain: «Je le dis et je le redirai. Ces images le montrent et le prouvent. La France est un pays de race blanche et de racine chrétienne. Ce qui n’exclut nullement les autres lorsqu’ils démontrent leur volonté de s’intégrer.»

Beaucoup trop d’élus sont nés avec une cuillère en argent dans la bouche. Nadine, elle, parle comme nous

Populisme? Dérive électoraliste vers l’extrême droite? Provocation? Les trois, bien sûr. Mais derrière ces clichés? Michel Koeb, un Suisse installé près de Béziers, s’est déplacé parce qu’elle incarne une rupture bienvenue. «Elle bouscule l’élite française et ça fait un bien fou», explique-t-il, tandis qu’au micro l’intéressée s’en prend ouvertement à la «châtelaine Marine Le Pen», qui a «tout hérité de son père». Yvonne, une ancienne policière municipale, arrivée d’Alsace dans les années 80, nuance aussi. «En qui d’autre puis-je me reconnaître?» lâche-t-elle. «Beaucoup trop d’élus sont nés avec une cuillère en argent dans la bouche. Nadine, elle, parle comme nous.» Sa voisine approuve et complète d’une formule, sans cesse répétée. «Contrairement à Sarkozy, elle en a dans le pantalon.» Le Parti communiste français vivait jadis au rythme des saillies staliniennes de Georges Marchais. Le défunt maire socialiste de Montpellier Georges Frêche vitupérait contre le trop grand nombre de Noirs dans le foot. La France rance? «Elle joue de ce côté macho et populo, nuance un conseiller. Son registre, c’est la province dure où l’on dit ce qu’on pense contre la capitale molle où tout est tu.»

Le poids de Douaumont

On voudrait, pour mieux comprendre cette quinquagénaire blonde platine, raisonner politique. Erreur. Les racines de Nadine Morano sont aussi idéologiques que géographiques. En Lorraine, sa terre électorale inclut Douaumont, le site de l’ossuaire de l’effroyable boucherie de Verdun, qui laboura sa terre voici un siècle. Terre de frontières. Drapeau trempé des larmes de l’histoire. Voisinage de l’Allemagne et du Luxembourg. On interroge l’entourage d’Aurélie Filippetti, l’ancienne ministre socialiste, issue du même terroir minier. Réponse: «On veut toujours réduire les politiques à des manipulations, mais il est vrai qu’ici, dans l’Est, on est moins cynique côté patriotisme.» Idem pour la construction européenne et l’euro, que Morano, l’avocate des frontières qui vota non à Maastricht en 1992, défend avec aplomb. «Jamais je ne rejoindrai quelqu’un qui veut détruire l’Europe. Quant à l’économie, le Front national n’a pas de programme. Juste des élucubrations.»

Et les races? «Ayons le courage d’ouvrir le débat. Sommes-nous si tétanisés par notre identité qu’on ne peut plus en parler?» renchérit celle à qui les Républicains ont retiré son investiture pour les régionales. En rappelant aussitôt qu’elle n’a pas violé la loi, et que le mot «race» figure toujours dans la Constitution française. Ses deux croix dorées tressautent sur son pull blanc. Les SMS de soutien après son algarade télévisée ont submergé son téléphone portable. «Restez dans notre famille politique, mais faites comme moi, battez-vous», répète-t-elle. Son flirt avec les thèses identitaires du FN reste pour l’heure non consommé. Son pugilat avec Sarkozy, lui, s’annonce passionnel.


BIOGRAPHIE

6  novembre 1963. Naissance à Nancy. Son père, Michel Pucelle (il modifiera son nom en 1975), est chauffeur de poids lourd. Sa mère, Monique Generalli, est standardiste. Nadine Morano grandit dans une cité de Nancy, le Haut-du-Lièvre.

1986. Rejoint les jeunes du RPR. Fait la connaissance de Nicolas Sarkozy.

1995. Soutient Edouard Balladur pour la présidentielle remportée par Jacques Chirac.

Juin 2002. Elue députée RPR de Meurthe-et-Moselle.

2008-2012. Successivement secrétaire d’Etat à la Famille,
puis ministre de la Formation professionnelle sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy.

Octobre 2012. Battue aux législatives, elle lance son propre parti au sein de l’UMP, le Rassemblement pour le peuple
de France (RPF).

Mai 2014. Elue députée européenne UMP. Inscrite au groupe PPE (Parti populaire européen).

Septembre 2015. Candidate à la primaire présidentielle à droite.

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