Le parlement israélien a voté dimanche soir la confiance au gouvernement du nouveau premier ministre, Naftali Bennett, qui succède à Benyamin Netanyahou, au pouvoir depuis douze ans.

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Sur les 119 députés présents (sur 120 au parlement), 60 ont voté en faveur de la nouvelle coalition, qui va de la droite à la gauche, en passant par l’appui d’un parti arabe. Cinquante-neuf députés, principalement du parti Likoud de Benyamin Netanyahou, de l’extrême droite et des partis ultraorthodoxes, s’y sont opposés.

Des milliers de personnes sont sorties fêter ce changement de pouvoir dans la rue, a constaté un journaliste de l’AFP à Tel-Aviv.

Le «faiseur de roi»

Millionnaire de la tech, Naftali Bennett s’est frayé un chemin en politique en naviguant habilement à la droite de son ex-mentor Benyamin Netanyahou, jusqu’à prendre sa place, pour devenir dimanche, à la faveur d’un jeu de coalition, le 13e premier ministre d’Israël.

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Crâne dégarni, kippa discrète et anglais d’Américain, Naftali Bennett dirige la formation Yamina, un jeune parti qui prône à la fois un ultralibéralisme économique, une certaine ouverture sur les questions de société mais aussi l’annexion de près des deux tiers de la Cisjordanie, territoire palestinien occupé par Israël. Entré dans l’arène politique il y a huit ans, il est devenu immédiatement une figure incontournable du «camp nationaliste», expression consacrée en Israël pour désigner ceux qui penchent du centre droit jusqu’à l’extrême droite. Et a su en jouer. «Je suis dans une position confortable, toujours un peu à la droite de Bibi [Netanyahou, ndlr]. Quand je m’exprime sur les questions diplomatiques ou sécuritaires, il va finir par monter d’un cran pour me rattraper», disait-il lorsqu’il était encore son ministre.

Naftali Bennett, 49 ans, s’est en effet rapidement imposé comme l’incontournable «faiseur de roi» des coalitions formées par Benyamin Netanyahou. Malgré son faible score aux dernières législatives, le voilà qui a réussi à porter le coup final à son ex-mentor. Son ralliement surprise à la nouvelle alliance hétéroclite qui va de son parti de droite à la gauche, en passant par l’appui d’un parti arabe, a été négocié au prix fort: le poste de premier ministre jusqu’en 2023. «Je savais que je serais critiqué», lance-t-il, calme, à la télévision, alors que l’extrême droite l’affuble sur internet, lui, l’ancien représentant des colons, du keffieh palestinien. «J’ai choisi ce qu’il fallait faire pour le bien d’Israël», martèle celui qui devient le premier chef de gouvernement religieux de l’histoire du pays à porter une kippa.

«Un remplaçant légitime à Netanyahou»

Marié à Gilat Bennett, pâtissière de formation, et père de quatre enfants, il suit une pratique stricte du judaïsme, néanmoins ouverte sur la modernité. Né le 25 mars 1972 à Haïfa (nord), ce fils d’immigrants américains a servi dans la prestigieuse unité militaire Sayeret Matkal, avant de s’imposer comme un ténor de la start-up nation avec son entreprise de cybersécurité Cyotta vendue pour 145 millions de dollars en 2005. Le diplômé en droit fait l’année suivante le saut en politique pour le Likoud, le parti pour lequel a toujours voté sa famille et où il devient le bras droit de Benyamin Netanyahou.

Deux ans plus tard, Naftali Bennett quitte le parti pour diriger le Conseil de Yesha, principale organisation représentant les colons israéliens en Cisjordanie, qui deviendront son fonds de commerce politique, même si lui n’a jamais habité dans l’une de ces implantations controversées. En 2012, il prend les rênes de Foyer Juif, le parti historique des colons qui s’est ensuite greffé à d’autres micro-partis pour former Yamina (A droite), laissant les discours les plus radicaux à de nouveaux partis plus extrémistes encore.

Mais celui qui veut aujourd’hui s’imposer en homme du rassemblement et prône le consensus a multiplié pendant des années des propos nationalistes musclés. Exemples? Il n’y a pas d’occupation israélienne en Cisjordanie car «il n’y a jamais eu d’Etat palestinien». Ou les «terroristes doivent être tués pas libérés», termes lancés à l’égard de prisonniers palestiniens. Mais Naftali Bennett, qui a occupé cinq portefeuilles ministériels depuis 2013 et était ministre de la Défense encore en 2019, n’a jamais montré d’ardeur à transformer ces déclarations en véritable projet politique. Il s’est ainsi trouvé une «image faite sur mesure pour un public qui cherche désespérément un remplaçant légitime à Netanyahou», note Evan Gottesman de l’Israel Policy Forum.