Pour Ankara, «il est temps de trouver un nouveau mécanisme» pour résoudre la question du Nagorny Karabakh. «Puisque la Russie est du côté de l'Arménie et nous la Turquie, nous soutenons l'Azerbaïdjan, rencontrons-nous à quatre pour discuter de la résolution de ces problèmes», a affirmé le porte-parole de la présidence turque, Ibrahim Kalin.

De tels pourparlers acteraient l'impuissance du Groupe de Minsk, médiateur historique du conflit co-présidé par la Russie, la France et les Etats-Unis. Ce groupe a exhorté mardi l'Arménie et l'Azerbaïdjan à respecter la trêve pour «éviter des conséquences catastrophiques» pour la région.

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Appel de Pompeo

Le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo a lui aussi appelé les belligérants à «respecter leur engagement d'un cessez-le-feu» et à «cesser de cibler des zones peuplées de civils». Bakou et Erevan se rejettent la responsabilité des hostilités qui ont fait plus de 600 morts, dont 73 civils, selon des bilans partiels, l'Azerbaïdjan ne communiquant pas les décès parmi ses troupes. Et pour le quatrième jour consécutif, le cessez-le-feu censé être en vigueur depuis samedi est resté lettre morte.

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Les combats s'intensifient

«Après deux semaines de combats intenses, et s'intensifiant malheureusement (...) nous voyons que des centaines de milliers de personnes sont déjà affectées dans la région», a regretté le directeur Eurasie du CICR, Martin Schuepp. Selon lui, des «discussions continues» sont néanmoins en cours pour des échanges de corps et de prisonniers, un objectif de la trêve négociée à Moscou.

Du côté du front, les séparatistes du Nagorny Karabakh accusent l'armée adverse d'avoir lancé une triple offensive au sud, au nord et au nord-est de la république autoproclamée. Bakou de son côté affirme «respecter le cessez-le-feu», mais que l'adversaire arménien tirait sur les districts azerbaïdjanais de Goranboy, Terter et Agdam.

Impasse

L'Azerbaïdjan semble avoir conquis quelques territoires, sans avoir gagné un avantage significatif sur les séparatistes qui tiennent les montagnes. «L'Azerbaïdjan a enregistré certains succès militaires, mais rien de spectaculaire. Bakou est loin d'être prêt à prendre le contrôle du Karabakh», relève Guela Vassadze, expert au Centre géorgien d'analyse stratégique, évoquant une «impasse diplomatique et militaire».

Dans le district de Terter (front nord), une équipe de l'AFP a vu au loin les forces azerbaïdjanaises pilonner les montagnes où se trouvent les positions arméniennes tirant sur la zone.

Retranchés dans les caves

Dans une cave sombre, une vingtaine d'Azerbaïdjanais s'abritent. «On est là depuis seize jours. Tous les jours ils nous bombardent, malgré le cessez-le-feu. Hier et aujourd'hui, c'est sans arrêt», raconte Akiif Aslamiv, 62 ans. Une scène similaire à celles dont les journalistes de l'AFP ont été témoins les deux semaines précédentes du côté arménien du front, où les civils se terrent aussi dans les abris. Depuis Stepanakert, la capitale de la région séparatiste, on pouvait aussi entendre les tirs d'artillerie provenant du front sud.

Les belligérants s'accusent par ailleurs de viser délibérément des zones civiles peuplées, de perpétrer des crimes de guerre et d'user de bombes à sous-munitions, une arme interdite. Outre une potentielle crise humanitaire, la crainte de la communauté internationale est de voir ce conflit s'internationaliser, la Turquie étant en outre accusée d'avoir envoyé des combattants pro-turcs de Syrie se battre aux côtés des Azerbaïdjanais, ce que Bakou dément.

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Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), 119 d'entre eux ont déjà été tués depuis le début des combats. Enfin, l'évolution dans la région de l'épidémie de nouveau coronavirus inquiète l'Organisation mondiale de la santé (OMS) qui a constaté des cas en forte augmentation.