«J'ai quitté l'aéroport de Tunis sans problème. Je ne sais pas ce qui m'arrivera la semaine prochaine quand je regagnerai le pays. Mais je n'ai pas peur.» Ali Zeddini, membre de la Ligue tunisienne des droits de l'homme, ingénieur de formation et employé dans une entreprise publique, a l'air serein parce que «en tant que militant, je ne fais rien d'illégal. La Ligue ne cherche pas à prendre le pouvoir». D'ailleurs, il ne prête pas beaucoup attention aux diverses tracasseries subies ici et là, telles que les filatures mises régulièrement en place par les services de sécurité ou les coupures de sa ligne téléphonique. «Je connais par contre des amis qui ont moins de chance que moi. Certains ont perdu leur travail. D'autres subissent des sanctions collectives. Par exemple, les proches de certains activistes ne sont systématiquement pas admis dans des postes à responsabilités.»

Ali Zeddini est né et a grandi à la Goulette près de Carthage, au nord de Tunis. «Je n'ai jamais quitté ce quartier populaire où j'ai toujours mené mes activités pour les droits de l'homme», dit-il. «Je suis un militant depuis mes années estudiantines. A l'époque, je m'intéressais à la critique cinématographique et à la culture.» Ingénieur, il a aussi été délégué syndical pendant six ans.

Ses revendications à la Commission des droits de l'homme à Genève: la liberté d'expression et d'association ainsi que la lutte contre la torture. «En Tunisie, c'est le contraire de la liberté d'expression: nos quotidiens reproduisent exactement ce que dicte le pouvoir et le parti politique au pouvoir monopolise le droit à la parole. Dans ces circonstances, on ne peut pas envisager une société de citoyens», souligne-t-il. Et d'ajouter que la Tunisie compte au moins 6000 organisations non gouvernementales. «Si on en trouvait une dizaine indépendantes du pouvoir, ce serait bien.»

L'ingénieur de la Goulette s'énerve en voyant une contre-manifestation où ses compatriotes, pour la plupart venus de France, crient «Vive le président Ben Ali!» devant le Palais des Nations. De vrais mercenaires à la solde du régime. «Ce sont ces gens-là qui nous accusent d'être des traîtres à la patrie et des suppôts de l'Occident parce que nous défendons les droits de l'homme.»