A l’écoute des internationaux

Avec l’appréciation du franc suisse et la possibilité de contingents de main-d’œuvre étrangère, les organisations internationales vont-elles déménager ou délocaliser? Les réponses d’Olivier Coutau, délégué cantonal à la Genève internationale

Délégué à la Genève internationale depuis 2008, Olivier Coutau coordonne le soutien du canton aux organisations internationales et aux ONG. Cet ancien délégué du CICR est aussi chargé d’identifier les opportunités et les menaces pesant sur la Genève internationale. Rencontre alors que le climat est lourd d’incertitudes.

Le Temps: Avec le franc fort, les organisations internationales vont-elles délocaliser des services ou des ONG sont-elles tentées de déménager?

Olivier Coutau: La situation des différents acteurs de la Genève internationale est très variable. Quand tous les financements sont en euros et toutes les dépenses se font en francs suisses, alors oui, les organisations se retrouvent en difficulté. Mais ce cas de figure n’est pas le plus répandu. Nous n’avons été contactés que par quelques ONG juste après l’abandon du taux plancher par la Banque nationale suisse. Mais certaines étaient déjà en situation précaire avant cela. A l’inverse, d’autres bénéficient de la situation. Les organisations internationales sont soumises à des contraintes budgétaires très fortes et il est normal qu’elles cherchent à réduire leurs coûts. Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a délocalisé sa comptabilité depuis vingt ans à Manille, aux Philippines. Je suis persuadé que tous leurs services stratégiques resteront à Genève, parce que pour une organisation humanitaire, c’est ici qu’il faut être basé.

– Mais l’appréciation du franc s’ajoute au climat d’incertitude après la votation du 9 février 2014 sur l’immigration de masse. La Genève internationale sera-t-elle ou non soumise à des contingents de travailleurs?

– Les organisations internationales bénéficient d’accords spéciaux dits de siège. Elles ne devraient pas être soumises à des limitations pour engager du personnel international. C’est vrai, la question demeure entière pour les 250 ONG installées à Genève. Ce chiffre ne comprend que celles qui sont accréditées auprès de l’ONU. Nous sommes en dialogue constant avec elles. La Confédération a été sensibilisée à cette question.

– Vous ne semblez pas davantage inquiet…

– Je n’ai pas le sentiment que l’attractivité de la Genève internationale diminue. Au contraire. Le personnel des organisations internationales a légèrement augmenté entre 2013 et 2014. Des ONG se sont récemment installées dans le canton, comme l’Association internationale des lesbiennes, gays, bisexuels, transsexuels et intersexués (ILGA). Amnesty International a aussi renforcé son bureau à Genève.

– Il s’agit de petites structures, alors que d’autres organisations plus grandes, comme le Forum économique mondial (WEF) et ses 400 employés de 50 nationalités, risquent d’aller voir ailleurs si elles ne peuvent pas engager autant d’internationaux qu’elles le souhaitent.

– Le WEF bénéficie désormais d’un statut particulier. Un accord a été signé lors du dernier Forum de Davos par le conseiller fédéral Didier Burkhalter et Klaus Schwab, le fondateur du WEF.

– Un statut qui pourrait être étendu à d’autres ONG?

– Il faut régler le problème dans son ensemble. Depuis le 9 février, le message du canton n’a pas varié: il n’y a pas de Genève internationale sans internationaux. Cela vaut aussi pour les ONG.

– Quelles sont les mesures d’aide en leur faveur?

Elles ne datent pas d’hier. Depuis 1953, la Fondation du centre international de Genève (FCIG) met à disposition des bureaux pour les ONG. Depuis deux ans, il existe un service d’accueil pour les délégués qui viennent participer à des conférences. A la suite d’un arrangement avec des hôtels genevois, des tarifs préférentiels, entre 35 et 80 francs la nuit, sont offerts. Nous soutenons aussi des projets mis en œuvre à Genève. Les pays les moins avancés reçoivent eux une aide à hauteur de 3000 francs par mois pour payer le loyer de leur mission diplomatique. Nous souhaitons que tous les pays soient représentés à Genève, car on y discute de problèmes universels. On vient à Genève parce que tout le monde y est et que les solutions aux défis globaux nécessitent une action coordonnée entre organisations, y compris celles de la société civile. Il convient aussi de relever que le Conseil fédéral vient de solliciter une enveloppe de plus de 117 millions de francs pour renforcer le rôle d’Etat-hôte de la Suisse entre 2016 et 2019.

– Où en sont les mesures pour améliorer les synergies au sein de la Genève internationale, et notamment la création d’un centre de coopération au château de Penthes?

– Le projet est plus que jamais pertinent. Il ne s’agirait pas d’un nouveau centre académique mais d’un lieu avec des experts qui puissent aider les acteurs de la Genève internationale à mieux agir de concert. Son implantation ne sera pas forcément au château de Penthes. D’autres scénarios sont envisagés. Indépendamment du projet immobilier, nous espérons démarrer des activités rapidement.

– Les grands sommets, comme la nouvelle rencontre sur le nucléaire iranien ces jours-ci, sont-ils toujours aussi importants pour la Genève internationale? Ou leurs coûts, notamment en matière de sécurité, dépassent-ils les retombées en termes d’image?

Genève est rodée pour ce genre d’événements. La police cantonale est chargée de la sécurité et le coût fait l’objet d’une indemnisation par la Confédération. C’est une autre contribution à la Genève internationale. Je crois que ces rencontres sont indispensables, mais elles ne sont pas représentatives de ce qu’est vraiment la Genève internationale: un travail dans l’ombre, peu médiatisé, mais très concret pour la vie de millions de personnes. Cela va de l’harmonisation des normes de sécurité routière aux réunions de familles séparées pendant des conflits. La Genève internationale n’est pas seulement une question d’argent, de coûts et de bâtiments, mais a un impact concret sur le terrain. C’est ce que nous devons mieux expliquer, comme le directeur de l’ONU à Genève, Michael Moller, a entrepris de le faire.

«Je n’ai pas le sentiment que l’attractivité de la Genève internationale diminue. Au contraire»