Sauf report de dernière minute, le continent africain sera bouleversé par un séisme de magnitude historique dès le 9 janvier prochain. Ce jour-là, les électeurs des dix Etats de la partie sud du Soudan, le plus grand pays d’Afrique, doivent se prononcer pour ou contre l’indépendance de leur territoire. Le principe de ce référendum d’autodétermination a été arrêté par l’Accord global de paix, signé en 2005 au Kenya pour mettre un terme à une interminable guerre civile entre le nord et le sud du Soudan (1983-2005), qui décima 2 millions de personnes.

De l’avis unanime des observateurs, les Sudistes, pétris de rancœurs ancestrales à l’égard du nord opteront massivement pour l’autonomie. Sur le papier, ce choix devrait consacrer la naissance d’un 54e pays en Afrique (le premier à être créé depuis l’indépendance de l’Erythrée en 1993). Mais l’édification du nouvel Etat reposera sur un processus jalonné de périls et d’incertitudes, allant du partage de la dette nationale à celui des recettes pétrolières en passant par le tracé de la frontière entre les deux pays ou le statut à venir des Sudistes vivant au Nord.

L’une des inconnues les plus brûlantes tient à la manière dont réagira Khartoum, la capitale du Nord, à la perspective de se voir amputée d’un tiers de sa surface actuelle, d’un quart de sa quarantaine de millions d’habitants et d’une proportion substantielle de ses revenus du pétrole, dont les gisements les plus abondants se trouvent au Sud.

En admettant qu’avec l’appui de la communauté internationale, Nord et Sud parviennent à surmonter leurs différends, rien ne dit pour autant que le Sud-Soudan, mosaïque ethnique complexe viciée par les rivalités et les rancunes, parviendra à entamer sa nouvelle existence sous le signe d’une paix durable. C’est le scénario du pire, redouté par les spécialistes de la région: une implosion du Sud-Soudan, après son indépendance.