La présidente démocrate de la chambre basse du Congrès américain, Nancy Pelosi, a appelé mardi à un «boycott diplomatique» des Jeux olympiques d’hiver 2022 à Pékin pour dénoncer les violations des droits humains en Chine. «On ne peut pas faire comme si tout allait bien face à l’organisation des Jeux olympiques en Chine», a-t-elle affirmé lors d’une audition consacrée aux droits humains et à Pékin, au moment où les appels à boycotter les Jeux se multiplient aux Etats-Unis.

«Malheureusement, nous sommes ici parce que la Chine continue à écraser les dissidences politiques», a ajouté Mme Pelosi, troisième personnage de l’Etat, ajoutant que les Etats-Unis se devaient de «dénoncer les violations des droits humains en Chine». «Ne faisons pas l’honneur au gouvernement chinois de recevoir des chefs d’Etat», a-t-elle déclaré. La présence de dirigeants mondiaux en Chine «alors qu’un génocide est en cours […] fait poser la question: «quelle autorité morale aurez-vous pour parler des droits humains partout dans le monde?»», a-t-elle demandé. Pékin a déjà organisé les Jeux d’été en 2008.

Colère de Pékin

Un appel qui a provoqué la colère de Pékin, lors d’une conférence de presse du Ministère chinois des affaires étrangères. «Certains propos d’individus américains ne sont que des mensonges et de la désinformation. C’est une attaque classique des Etats-Unis qui est vouée à l’échec», a rétorqué le porte-parole du ministère, Zhao Lijian.

M. Zhao a également critiqué une «tentative visant à perturber, bloquer et porter atteinte à la préparation et à la tenue des Jeux olympiques d’hiver», tout en dénonçant un «jeu méprisable» de la part de «certains politiciens américains».

Pékin sera en février prochain la première ville du monde à accueillir à la fois les Jeux d’été et d’hiver, après avoir organisé les JO de 2008.

La souffrance du peuple ouïghour niée

Lors de l’audition à laquelle prenait part Nancy Pelosi, des militants des droits humains ont dénoncé la répression des musulmans ouïghours dans la région du Xinjiang et des opposants politiques à Hong Kong. L’organisation des Jeux offre à des régimes autoritaires l’occasion «d’effacer leurs crimes, de stimuler leur image à l’étranger et de renforcer leurs alliances», a affirmé Samuel Chu, du Hong Kong Democracy Council, un groupe basé aux Etats-Unis. Il a appelé le Comité international olympique à «faire ce qu’il n’a pas et refusé de faire avant, interdire à la Chine de participer et d’organiser des évènements majeurs indéfiniment».

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Rayhan Asat, un avocat d’origine ouïghoure dont le frère est actuellement détenu dans un camp de prisonnier a estimé que le soutien aux JO-2022 «suggèrent que nous nions la souffrance du peuple ouïghour». La directrice générale du Comité olympique américain (USOPC), Sarah Hirshland, a pour sa part plaidé contre un boycott, expliquant que les Jeux étaient importants dans le contexte de la fin de la pandémie.

«Le monde a passé plus d’un an isolé, en quarantaine, et inquiet», a-t-elle affirmé dans une lettre à la commission. La vue de «milliers de sportifs venus du monde entier devant la flamme olympique et paralympique marquera le moment de l’émergence après les difficultés de l’année passée». «Nous sommes troublés par la situation en Chine», a-t-elle admis, tout en estimant qu’un boycott sportif «n’était pas la solution aux problèmes géopolitiques». «Les boycotts des Jeux de 1980 et 1984 ont entaché l’histoire olympique et montré qu’utiliser les Jeux comme un outil politique était un erreur», a-t-elle ajouté.