Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Une passante devant une affiche de protestation à Nantes, le 5 juillet 2018.
© Michel Euler/AP PHOTO

France

A Nantes, la version policière des émeutes ne tient plus

Depuis plusieurs jours, la métropole de l’ouest du pays est traversée par de violentes émeutes urbaines. Le policier qui a tiré sur un jeune homme et l'a tué a été mis en examen.

Il sera difficile, cette fois, d’échapper aux accusations des familles et des proches du jeune homme de 22 ans tué à Nantes, dans la nuit de mardi à mercredi, par le tir d’un policier antiémeute. Après deux jours de garde à vue, ce dernier s’est en effet finalement rétracté, plaidant le tir «accidentel» et abandonnant la légitime défense invoquée jusque-là. Il a dans la foulée été mis en examen pour « coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner, avec cette circonstance aggravante que les faits ont été commis par une personne dépositaire de l’autorité publique avec usage d’une arme ».

Ce membre d’une unité de CRS de Bergerac, déployée en renfort dans la ville bretonne secouée par de violentes manifestations depuis l’abandon du projet d’aéroport Notre-Dame-des-Landes, avait fait feu mardi soir avec son arme de service sur un véhicule Nissan qui tentait de se soustraire à un contrôle. Après s’être présenté sous une fausse identité et avoir fait une manœuvre d’évitement, son conducteur, Aboubakar F., était mort peu après son transfert à l’hôpital, touché à la carotide.

Il est clair, à ce stade de l’enquête, que la victime avait un passé judiciaire sérieux. Fiché pour trafic de stupéfiant et recherché dans le cadre d’un mandat d’arrêt pour «vol en bande organisée, recel et association de malfaiteurs» délivré en juin 2017, le jeune homme originaire de la région parisienne aurait bien cherché à échapper au contrôle. Mais l’engrenage qui a plongé la métropole dans la violence urbaine promet de reposer la question des méthodes employées par les forces de l’ordre expédiées en renfort, dans des quartiers dont elles connaissent mal la géographie et le milieu criminel local.

Flambées familières

Dans trois quartiers populaires de la ville – Breil, Malakoff et Dervallières – une centaine de jeunes, dont de nombreux mineurs, ont multiplié ces derniers jours les actes de vandalisme contre les bâtiments publics et les voitures. Une centaine de véhicules y ont été incendiés dont celui de la maire de Nantes, la socialiste Johanna Rolland, venue sur le terrain pour lancer un appel au calme. La France est coutumière de ces flambées urbaines. En 2005, les émeutes des banlieues avaient même poussé le gouvernement de l’époque à déclarer l’Etat d’urgence. En 2017, l’arrestation musclée du jeune Théo à Aulnay-sous-Bois avait aussi conduit à de rudes confrontations.

Ces explosions de violence nantaises surviennent moins d’un mois après le premier rapport public de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) – la police des polices, surnommée en France les «bœuf-carottes» – qui témoigne d’un bond de 54% du recours aux armes à feu par les forces de l’ordre entre 2016 et 2017, en particulier lors de refus d’obtempérer de véhicules en mouvement.

Le défi des délinquants mineurs

Entre juillet 2017 et mai 2018, 14 personnes ont été tuées et une centaine de personnes ont été blessées lors d’interventions policières. Des statistiques liées évidemment à la menace terroriste et à la recrudescence d’agressions dirigées contre les représentants de l’Etat, militaires ou policiers, en patrouille ou à leur domicile. Un couple de policiers a encore été agressé jeudi à Othis, en Seine-et-Marne, hors service, après une altercation survenue dans la journée avec un «dealer» de drogue.

La dérive survenue dans les quartiers de Nantes souligne également un autre fléau urbain français: la présence de bandes de mineurs délinquants, difficiles à appréhender du fait de leur âge et utilisés sciemment par les réseaux criminels. Plusieurs individus appréhendés cagoulés, porteurs de bidons d’essence pour fabriquer des cocktails Molotov, étaient âgés de moins de 18 ans, et les sorties nocturnes des mères des quartiers ne les ont pas dissuadés. «Toutes les mamans sont dehors, mais ils ne veulent pas en démordre» expliquait inquiet, vendredi, un élu des quartiers nantais touchés au quotidien Ouest France.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo monde

La Corée du Nord organise le plus grand show du monde. Mais pourquoi?

Cela faisait 5 ans que le pays adepte des grandes démonstrations de force n'avait plus organisé ses «jeux de masse», où gymnastes et militaires se succèdent pour créer des tableaux vivants devant plus de 150 000 spectacteurs. Pourquoi ce retour?

La Corée du Nord organise le plus grand show du monde. Mais pourquoi?

n/a