La cocaïne colombienne aurait servi à financer le Hezbollah. C'est ce qu'affirment les autorités équatoriennes, après le démantèlement cette semaine d'un réseau de trafic de drogue dirigé depuis Quito. «70% des gains de chaque envoi étaient destinés» au groupe libanais, selon la police antidrogue locale. Parmi les huit suspects, interpellés en Equateur et dans la Colombie voisine, une Equatorienne et plusieurs ressortissants du Moyen-Orient encadraient un Nigérian et un Algérien. Ce patchwork de nationalités aurait été coordonné par le Libanais Rady Zaiter, déjà recherché en France pour trafic de drogue.

Les policiers n'ont pas prouvé les liens entre la bande et le Hezbollah, «pour ne pas gêner la progression de l'enquête». Mais une vague d'arrestations antérieures, menées au Brésil dans le cadre de la même opération, aurait permis d'établir «une relation directe».

Si les soupçons se confirment, l'affaire viendra étayer pour la première fois de vieux soupçons américains. Depuis les attentats du 11 septembre, Washington évoque la possibilité d'un financement du terrorisme islamiste par des réseaux sud-américains. En octobre 2003, Condoleezza Rice avait associé le Hezbollah à la guérilla colombienne des FARC, qui s'arme grâce au trafic de drogue et possède des contacts en Equateur. «Ces organisations terroristes sont connectées à travers leur financement», avait-elle affirmé.

Un an plus tôt, un rapport du Département d'État américain parlait – sans les présenter – de «preuves» de la présence du mouvement libanais dans la Guajira, sur la côte des Caraïbes colombiennes. Cette région frontalière du Venezuela, centre de contrebande et de blanchiment d'argent, héberge une vieille communauté syro-libanaise déjà connue des services secrets: dans les années 1980, des Israéliens y recherchaient des membres de l'OLP.

Dans le sud du continent, une autre zone poreuse inquiète les Etats-Unis: la «Triple Frontière» entre le Paraguay, le Brésil et l'Argentine, plate-forme de trafics et de piratage où vit une communauté arabe de 25 000 personnes. Depuis le 11 septembre 2001, l'ambassadeur américain au Paraguay soupçonne la zone, d'où partent annuellement des millions de dollars pour le monde entier, de financer des groupes terroristes islamistes. «Nous cherchons à savoir si cet argent va aux nécessiteux, aux familles où aux «héros de la guerre», a expliqué le procureur paraguayen Juan Carlos Duarte.

Pour les intéressés comme pour la gauche locale, ces accusations – rarement étayées – serviraient des intérêts cachés de Washington: justifier la croisade antiterroriste, accroître la présence militaire américaine en Colombie, et assurer sur la Triple Frontière le contrôle d'une des plus grandes réserves d'eau douce du monde. «Nous savons d'où viennent ces accusations et à quoi elles se doivent», a commenté le Hezbollah, depuis Beyrouth, démentant tout lien avec les trafiquants arrêtés à Quito.

En Equateur, le gouvernement s'était dit «surpris», en avril 2002, après qu'un fonctionnaire américain eut parlé de la présence du Hezbollah sur son sol. L'enquête en cours montrera si Washington avait raison ou si, comme l'en accuse le Hezbollah, l'affaire n'est qu'une «fausse information».