Le narcotrafiquant mexicain Joaquin «El Chapo» Guzman est arrivé jeudi aux Etats-Unis après avoir été extradé par le Mexique pour répondre de charges criminelles devant la justice américaine, a-t-on appris de source officielle.

L'avion qui transportait Guzman a atterri sur l'aéroport Long Island MacArthur à Islip, dans l'Etat de New York, a rapporté dans un communiqué le département américain de la Justice. Selon des médias américains, il devrait comparaître vendredi devant un tribunal fédéral de Brooklyn.

Le chef du cartel de Sinaloa, qui s'était opposé à son extradition en utilisant tous les moyens légaux disponibles, est accusé d'avoir introduit des quantités considérables de drogue aux Etats-Unis et alimenté une guerre fratricide entre cartels au Mexique. Il est poursuivi au Texas et en Californie notamment pour trafic de drogue, homicide et blanchiment d'argent

Un calendrier réfléchi

Le «roi de l'évasion», qui avait donné des maux de tête aux autorités mexicaines, était incarcéré depuis mai à la prison de Ciudad Juarez (nord), à proximité de la frontière avec le Texas.

Le ministère mexicain des Affaires étrangères avait assuré en mai, après avoir autorisé l'extradition du narcotrafiquant, qu'il avait obtenu des autorités américaines la garantie que «la peine de mort ne serait pas appliquée».

«Ils ont fait cela de manière illégale, l'étude de l'appel étant toujours en cours», a protesté l'une des avocates de Guzman, Silvia Delgado, sur la chaîne Milenio après l'annonce de l'extradition. «Nous sommes les premiers surpris par cette décision.»

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Selon Alejandro Hope, un expert mexicain en sécurité, l'extradition de Guzman aux dernières heures de la présidence de Barack Obama «n'a rien d'un hasard». «Il semble qu'ils ne voulaient pas offrir à Trump une victoire trop facile», commente Hope à l'AFP. Les autorités mexicaines ont voulu empêcher celui qui sera investi vendredi à la présidence des Etats-Unis «de fanfaronner à ce sujet», estime l'expert.

Les évasions ont entraîné l'extradition

L'extradition de Guzman met un terme au jeu du chat et de la souris entre les autorités mexicaines et le narcotrafiquant dont les évasions lui ont valu une notoriété internationale.

Arrêté au Guatemala en juin 1993, «El Chapo» («le courtaud») s'était échappé huit ans plus tard, en 2001, d'une prison de haute sécurité mexicaine caché dans un panier de linge sale. Le baron de la drogue avait été finalement arrêté en février 2014, dans une résidence balnéaire de Mazatlan, où il se cachait.

Guzman s'échappera 17 mois plus tard de la prison de haute sécurité d'El Altiplano, près de Mexico, par un tunnel de plus d'un kilomètre de long. En janvier 2016, les Marines étaient finalement parvenus à l'arrêter de nouveau, à Los Mochis, une localité située sur la côte pacifique, dans son fief de Sinaloa.

L'évasion spectaculaire de «El Chapo», en infligeant un sérieux camouflet aux autorités, convaincra le président Enrique Peña Nieto d'accepter l'extradition du narcotrafiquant vers les Etats-Unis. Jusqu'alors, Enrique Peña Nieto s'était toujours opposé à cette extradition, souhaitant voir «El Chapo» jugé par la justice mexicaine.

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Le narcotrafiquant, qui rêvait de voir sa vie portée à l'écran, avait rencontré dans la jungle, durant sa cavale, l'actrice de telenovela américano-mexicaine Kate del Castillo et l'acteur américain Sean Penn. C'est grâce aux messages échangés avec l'actrice que les autorités seraient parvenues à retrouver la trace du narcotrafiquant le plus puissant de la planète.

Une guerre de cartels envisageable

L'extradition jeudi de Guzman «est une grande victoire morale, mais elle n'aura aucun impact sur le cartel de Sinaloa», a ainsi prévenu Mike Vigil, ancien membre de l'agence américaine anti-drogue (DEA). Durant l'incarcération de Guzman, le business a été dirigé par l'associé de longue date du célèbre narcotrafiquant, Ismael «El Mayo» Zambada, selon cet expert. 

Mais le départ de Guzman vers les Etats-Unis pourrait ouvrir la porte à deux conflits: une lutte interne et une tentative d'OPA par un cartel rival pour s'emparer de son territoire.

Si Zambada est une figure respectée au sein du cartel, les nombreuses factions qui composent l'organisation criminelle de «El Chapo» pourraient finir par s'affronter. Les fils de «El Chapo», le frère de Zambada et d'autres membres du cartel nourrissent en effet leurs propres ambitions.

Mais la menace la plus pressante provient du cartel Jalisco Nouvelle Génération, dont les incursions sur les territoires contrôlés par le cartel de Sinaloa, comme dans la ville frontalière de Tijuana (nord) ou dans l'Etat de Colima (est), ont abouti à des violences fratricides. «Ils pourraient décider de lancer une offensive tous azimuts contre le cartel de Sinaloa maintenant que El Chapo n'est plus dans le pays», prévient Mike Vigil.

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Dirigé par Nemesio Oseguera, surnommé «El Mencho», ce groupe criminel n'a pas hésité à lancer des attaques contre la police et les militaires. En mars et avril 2015, le cartel a tué 20 policiers au cours de deux embuscades dans son fief, l'Etat de Jalisco. En mai 2015, le gang avait utilisé un lance-roquettes pour abattre un hélicoptère de l'armée, tuant sept militaires et une policière.