Média

Nathalie Nougayrède démissionne de son poste de directrice du «Monde»

Première femme à diriger le quotidien français, la journaliste a dû jeter l’éponge hier à la suite d’un conflit au sein de la rédaction. Elle avait pris la direction du journal à la suite de la mort d’Eric Iszraelewicz

Elle avait pris la direction du Monde il y a à peine quinze mois. Lorsqu’elle avait postulé, après la mort d’Eric Iszraelewicz, Natalie Nougayrède avait surpris jusqu’à ses propres amis, des fidèles sur lesquels elle pouvait compter depuis l’école de journalisme. Discrète, menue, voire timide, elle n’avait pas les dents qui rayaient le parquet. Et si on connaissait sa passion pour le métier, on ignorait son goût pour le pouvoir.

Jamais d’ailleurs elle n’avait encore dirigé un service. Mais chiche ! avaient alors lancé de concert les actionnaires et la rédaction. Le trio Berger-Niel-Pigasse, qui ne parvenait pas à s’entendre sur un nom, avait vu en elle un dénominateur commun. Les journalistes, un temps dubitatifs notamment parce qu’elle ne passait pas pour une « geek », avaient fini par se laisser convaincre. De persuasion, cette ancienne correspondante du journal en Russie, primée du prestigieux prix Albert Londres pour sa couverture du conflit en Tchétchénie et de la prise d’otages des enfants de Beslan, n’en manquait pas. Pas plus que de force de caractère.

N’avait-elle pas tenu tête à Bernard Kouchner, lorsque ce dernier dirigeait le quai d’Orsay sous Nicolas Sarkozy et l’avait décrétée persona non grata après un portrait révélant la face sombre du French doctor ? Elle avait alors été expulsée par des policiers en pleine conférence annuelle des ambassadeurs ! A l’heure de se compter, 80% de la rédaction avait accordé sa confiance à celle qui était entrée dans la maison dix-sept ans plus tôt après avoir notamment travaillé pour « Libé ». 60% aurait déjà suffi… « Si moi j’ose cette aventure, c’est que l’inattendu est possible », avait-elle alors lâché. Avant d’ajouter : « Pas le n’importe quoi ».

Une femme, d’à peine 46 ans de surcroît, à la tête du Monde ! Ce serait une première dans l’histoire très tourmentée du prestigieux journal fondé par Hubert Beuve-Méry. Depuis le long mandat du tandem Colombani-Plenel, entamé au milieu des années nonante, le quotidien du soir avait cumulé les crises et changé de patron plus vite que de formule. Mais l’aventure n’aura pas duré.

Après la démission, la semaine dernière, de sept des onze rédacteurs en chef du Monde, Natalie Nougayrède pensait encore pouvoir faire face. On lui reprochait son autoritarisme, sa gestion en solitaire ? «Je n’ai plus les moyens d’assurer ma mission en toute plénitude et sérénité», a-t-elle commenté en jetant finalement l’éponge. Elle évoque des «attaques directes et personnelles» qui l’ont empêchée de mener à bien le plan de transformation du journal. La migration d’une cinquantaine de postes vers le web avait été perçue par certains comme un «plan social déguisé». La suppression de certaines rubriques avait elle aussi été critiquée.

Le trio d’actionnaires, qui n’avait pas pipé mot depuis une semaine, a décidé de nommer rapidement un directeur intérimaire. Une nouvelle formule du journal papier est attendue pour l’automne. Alors que la crise frappe durement le secteur (Libération a encaissé une baisse de 15% de sa diffusion l’an passé), Le Monde résistait tant bien que mal en limitant sa chute à 4%.

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