La fin de campagne a tourné à l’aigre, accréditant les soupçons qu’en coulisse Pékin tire les ficelles des élections législatives à Hongkong, ce dimanche. La semaine passée, il y a eu le retrait abrupt, en raison de «menaces de haut niveau», d’un candidat qui n’aurait pas suivi les directives du bureau de liaison, l’organe du parti communiste dans l’ancienne colonie britannique. Et un autre candidat pro-Pékin, désormais indépendant, a été frappé par des inconnus, et du matériel de vote censuré parce qu’il prônait l’indépendance. Enfin, la plus grande université qui a renoncé, pour la première fois, à conduire ses sondages à la sortie des urnes parce que la «pression» du gouvernement est trop grande.

Pas question de baisser les bras

Pour Nathan Law, il n’est toutefois pas question de baisser les bras. Il est un des 213 candidats à prétendre à un des 70 sièges de député au Legco, le parlement d’Hongkong. Les résultats seront connus ce matin. Le seul ancien leader du mouvement des parapluies à se présenter croit dans ses chances, même si cette élection, qui inquiète Pékin, «n’a rien d’équitable ni d’ouvert», expliquait-il mercredi soir dernier. Au terminal de bus d’Aberdeen, au sud de l’île d’Hongkong, l’étudiant de 23 ans bravait la chaleur humide de l’été pour distribuer des tracts.

Demosisto, une contraction de démocratie et de résistance

Avec Joshua Wong, la grande figure des manifestations de fin 2014 privée de candidature car trop jeune, ils ont créé Demosisto, une contraction de démocratie et de résistance. Leur parti se bat pour donner aux Hongkongais le droit à l’autodétermination, et choisir leur avenir après 2047. Prendra alors fin la période de transition entre l’ère britannique et le retour du port aux parfums dans le giron de la Chine. Après le principe «un pays, deux systèmes», l’indépendance «n’est qu’une des options», pour Demosisto.

Avec son allure de fils de bonne famille, Nathan Law présente un profil plus apaisé que d’autres candidats de sa génération. En 2014, «il n’était pas de ceux qui voulaient le plus en découdre», se souvient Gary Fong, alors membre avec lui de la direction de la fédération des étudiants. Retourné à ses études, Gary Fong se rappelle que «la mobilisation pendant le mouvement des parapluies l’a fait changer d’avis. Cela dit, Nathan est plus à l’aise dans un rôle d’intermédiaire entre la rue et le Legco. Joshua Wong est lui très proche de l’action sur le terrain.»

Martin Luther King comme exemple

Né à Shenzhen, il est arrivé à Hongkong à l’âge de 6 ans lorsque sa famille s’y est installée pour travailler. Liu Xiaobo, le prix Nobel de la paix chinois toujours emprisonné pour «subversion», fait partie de ses modèles. Tout comme «Martin Luther King et son discours, «I have a dream», ajoute-t-il.

Début août, il a échappé à une peine de prison, après avoir été condamné pour avoir lancé le mouvement des parapluies. «Un soulagement», souffle-t-il car dans le cas contraire, il n’aurait pu se présenter au Legco. La vie de Demosisto n’est toutefois pas simple: «Nous n’avons toujours pas pu faire enregistrer notre parti. En temps normal, cela prend un à deux mois. Voilà presque six mois que nous attendons. Cela complique beaucoup notre organisation. Par exemple, nous ne pouvons ouvrir de compte bancaire.»

Il profitera des voix des moins de trente ans

Les nouvelles formations issues des manifestations de 2014, comme Demosisto, dérangent aussi le camp opposé au gouvernement, et donc à Pékin. Les pan-démocrates, comme on les appelle au Legco, compte déjà près de dix formations différentes. Divisés, ils risquent de perdre des sièges et avec leur précieuse minorité de blocage. «C’est un risque, reconnaît Nathan Law. Mais nous avons besoin de nouvelles forces pour faire prendre au mouvement démocratique une nouvelle direction.»

«Ses chances d’être élu ne sont pas très grandes, mais cela reste possible, analyse Willy Lam, politologue à la Chinese University d’Hongkong. Il n’est pas aussi connu que Joshua Wong, mais il a tout de même une bonne image. Rappelez-vous qu’il faisait partie des cinq étudiants face au gouvernement lors du fameux débat télévisé, un des moments forts du mouvement des parapluies. Il profitera des voix des moins de trente ans, qui sont le plus en opposition avec Pékin.»

Il supporte la pression grâce à l’escrime

Nathan Law dit ne plus pouvoir retourner en Chine, en raison de son engagement politique. Il y est pourtant né, à Shenzhen, mais se sent d’Hongkong où ses parents se sont installés lorsqu’il avait 6 ans. «Avant cette élection, poursuit Willy Lam, la plupart des étudiants ne s’intéressaient pas à la politique. Nous assistons à un nouveau phénomène. C’est très sain, et d’autant plus courageux de leur part qu’ils font une forme de sacrifice. Ils savent que leur carrière professionnelle est compromise, à Hongkong et en Chine en tout cas.»

Nathan Law dit supporter la pression, notamment grâce à sa pratique de l’escrime et des e-sports: «Ils m’ont appris à gérer le stress, à supporter la douleur, à travailler en équipe. Tout cela me sert aujourd’hui en politique.» Il s’estime «moins observé» que pendant le Mouvement des parapluies. A l’époque, sa famille restée en Chine avait été priée de le convaincre d’arrêter de manifester. Peut-être sont-ils laissés tranquilles? «Je ne sais pas», lâche-t-il, comme s’il préférait ne pas le savoir.


Profil

1993: Naissance en Chine, à Shenzhen

1999: Sa famille s’installe à Hongkong pour des raisons économiques

2014: Un des leaders du Mouvement des parapluies

2016: Candidat au Legco (parlement)