Général à la retraite de l'armée croate, sous le coup d'un mandat d'arrêt lancé par le gouvernement et recherché par le Tribunal pénal international (TPI) de La Haye qui juge les crimes commis en ex-Yougoslavie, Mirko Norac, 46 ans, est considéré par des milliers de ses compatriotes comme un héros de la guerre. Dimanche, une immense foule de plus de 100 000 personnes s'est réunie à Split (au sud-ouest de la Croatie) pour soutenir cet homme en fuite depuis le 7 février. Jeudi, c'est à Zagreb que des milliers de Croates ont donné rendez-vous, avec un seul objectif: provoquer la chute de l'actuel pouvoir qui s'est engagé à collaborer avec le TPI.

«La situation en Croatie est explosive», explique Allen Davis de l'Institute for War and Peace Reporting, agence spécialisée d'informations balkaniques. L'opposition officielle, le HDZ, parti nationaliste de l'ancien président Franjo Tudjman, dénonce le mandat d'arrêt et réclame la démission du gouvernement. Allen Davis ajoute que les nationalistes croates de Bosnie, alliés au HDZ et actuellement en fronde contre les autorités bosniaques, menacent de former un mini-Etat, à l'intérieur de la Bosnie. D'ailleurs, ce n'est pas un hasard que lundi, la Force de stabilisation de l'OTAN en Bosnie (SFOR) a fouillé leur quartier général pendant dix heures, «à la recherche de documents anti-Dayton». Les nationalistes bosniaques en veulent aussi au gouvernement du premier ministre croate, Ivici Raccan. Ils entendent également descendre en force à Zagreb pour la manifestation de jeudi.

Accusé du meurtre de 40 Serbes

Désormais, les rapports de force entre les nationalistes du HDZ et le gouvernement centre gauche à Zagreb se cristallisent autour de Mirko Norac. «Pour pouvoir l'arrêter, les autorités doivent marcher sur nos cadavres. Il ne sera jamais traduit en justice pour avoir défendu notre patrie», ont chanté les nationalistes à Split, brandissant des photos de l'ex-général. Les manifestants ont par ailleurs signé une pétition réclamant des élections anticipées et la fin de la coopération entre Zagreb et le TPI.

«La Croatie est un Etat de droit et est dirigée par un gouvernement démocratiquement élu», a rétorqué hier le premier ministre Ivici Raccan. Et d'ajouter: «Les criminels de guerre doivent êtres jugés.» Mirko Norac est en effet accusé du meurtre de 40 civils serbes dans la région de Gospic, en octobre 1991. Son dossier est devenu plus accablant depuis l'assassinat de Milan Levar, témoin potentiel au sujet de nombreux crimes commis par des soldats croates. Ce dernier accusait plusieurs personnalités, dont les généraux Mirko Norac et Timohir Oreskovic, de crimes de guerre. Selon ce témoin, plusieurs hommes politiques connaissaient parfaitement le rôle joué par des militaires pendant la guerre mais n'ont jamais voulu les dénoncer. En effet, jusqu'à sa mort, l'ex-président nationaliste, Franjo Tudjman, s'est constamment opposé au TPI qui lui réclamait les criminels de guerre croates.