Une nouvelle épreuve commence pour Elio Di Rupo. Le leader socialiste francophone belge, investi mardi par le parlement fédéral après sa nomination la veille par le roi Albert II, va devoir très vite déminer le terrain en Flandre, où les nationalistes de la Nouvelle Alliance flamande (NVA) restent en embuscade.

La NVA était sortie grand vainqueur des législatives de juin 2010 dans le nord néerlandophone de la Belgique, avec près de 30% des voix, devenant ainsi le premier parti du royaume. Sa demande d’une décentralisation maximale de l’Etat fédéral, et le caractère ombrageux de son leader charismatique Bart de Wever, ont toutefois amené les autres formations politiques (chrétiens-démocrates, libéraux et socialistes) à rompre leurs négociations et à la tenir à l’écart du gouvernement formé avec peine la semaine dernière, après 538 jours de crise. Mais au parlement, la NVA conserve, avec 27 députés (sur 150) et 14 sénateurs (sur 40 élus), une force de blocage qu’elle compte bien utiliser. Un des premiers commentaires de Bart de Wever sur le nouveau cabinet de coalition de 19 ministres a d’ailleurs été de le juger «obèse», et d’y voir un «mauvais signal à l’adresse d’une population contrainte de faire des économies».

Le leader socialiste francophone Elio Di Rupo, premier dirigeant du sud du pays à devenir premier ministre depuis 1974, a pourtant de sérieux atouts. A commencer par la fatigue des débats institutionnels au sein de la population, devenue un peu la risée de l’Europe pour ne pas avoir eu de gouvernement élu pendant plus d’un an et demi. Le lancement le 24 novembre, par le gouvernement sortant du premier ministre Yves Leterme, d’un «emprunt patriotique», a, en outre, prouvé la confiance des Belges dans leur Etat malmené: la souscription totale devrait avoisiner les 5,5 milliards d’euros (pour des taux allant de 3,5% à 4,2% entre trois et huit ans), alors que le Ministère des finances tablait sur… 200 millions. Un succès à mettre en relation, bien sûr, avec les pressions sur la dette belge. La note du royaume a été dégradée de AA + à AA par les agences de notation fin novembre.

L’autre force d’Elio Di Rupo est son talent de négociateur et sa capacité à trouver des compromis au sein d’une équipe d’union nationale allant de la droite la plus libérale à son propre PS, très attaché au rôle de l’Etat en Wallonie. Mais problème: cette habileté se décline d’abord en français. Le nouveau premier ministre belge, 60 ans cette année, fils d’immigrants italiens, parle en effet mal le néerlandais et pourrait, très vite, être tourné en dérision par une opinion néerlandophone travaillée par le nationalisme. Un récent sondage du Soir montre que la popularité de la NVA augmente en Flandre, avec 35,1% d’intentions de vote après l’accord de gouvernement. «Ce parti continue à écraser le jeu. Littéralement. Outrageusement», commente le quotidien bruxellois. Or des élections communales et provinciales auront lieu en octobre 2012. ce qui devrait accroître les tensions, d’autant que Bart de Wever lorgne la mairie d’Anvers et que Bruxelles, capitale fédérale (et de l’UE) est aussi capitale de la région flamande.