«Mieux vaut un mauvais accord qu'une guerre sans fin. Dans tous les cas, il redonne beaucoup d'espoir aux Congolais qui attendent désespérément la reconstruction de leur pays. Le président Laurent-Désiré Kabila pourrait, pour sa part, s'en servir pour réconcilier toute la population et appeler à des élections générales.» Pour Lwakale Mubengay Bafwa, président du Forum des patriotes congolais, association basée en Suisse, l'accord de Lusaka, entré en vigueur dimanche soir, pourrait signifier aussi un nouveau départ pour la région des Grands-Lacs. «Maintenant, il faut que les Nations unies déploient rapidement une force de maintien de la paix en République démocratique du Congo (RDC).» Selon l'accord, en effet, le secrétaire général de l'ONU devrait demander ces prochains jours l'envoi de quelque 20 000 Casques bleus dans l'ex-Zaïre. Depuis près d'une année, une rébellion militaire soutenue par le Rwanda et l'Ouganda déchire le pays. Kabila résiste à la marche des rebelles avec le soutien de la Namibie, du Zimbabwe et de l'Angola.

A Kinshasa, capitale de la RDC, la signature de l'accord de Lusaka est accueillie comme un grand pas vers une paix définitive en Afrique centrale. «Mais son succès dépendra de la rapidité avec laquelle l'ONU parviendra à envoyer des troupes. Trop de retard sera préjudiciable, s'impatiente Léonard Mulamba Kalala, éditorialiste au quotidien kinois Le Potentiel. Cette rapidité est nécessaire pour surveiller la trêve et désarmer les milices. Il n'est simplement pas question d'attendre trois mois ou davantage pour qu'un contingent de l'ONU arrive en bonne et due forme.»

Pourtant, à première vue, l'accord paraît mort-né. Et pour cause, il n'a pas été signé par les rebelles, très divisés par ailleurs. Ces derniers ont encore déclaré lundi ne pas reconnaître le cessez-le-feu. «La position des rebelles est moins importante que celle de leurs parrains, le Rwanda et l'Ouganda, explique Mubengay Bafwa. Ces deux pays ne peuvent plus continuer à les soutenir, d'autant plus que l'accord de Lusaka répond à une de leurs principales préoccupations.» En effet, il est prévu que les forces multinationales désarment tous les groupes armés, dont les milices extrémistes hutues responsables du génocide de 1994. Avec des bases arrières en RDC, ces dernières constituent une menace sur le gouvernement de Kigali. Dans le passé et à plusieurs reprises, elles ont effectué des incursions en territoire rwandais et massacré des dizaines de civils.

A souligner : le rôle de l'Afrique du Sud et de son nouveau président Thabo Mbeki, favorable à la paix dans les Grands-Lacs. Elle est déterminée à jouer un rôle actif et résolu sur le continent et s'est engagée à envoyer des soldats dans une opération de maintien de la paix en RDC. Deux autres pays africains ont proposé d'en faire partie.