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Nikki Haley, l’ambassadrice des Etats-Unis auprès de l’ONU.
© Spencer Platt/Getty Images

Multilatéralisme

Les Nations unies à l'heure de l'austérité

A Noël, l'Assemblée générale de l'ONU a voté pour réduire le budget de l'organisation de 286 millions de dollars. Etats-Unis, Européens et Chinois semblent contents des mesures prises. Genève devrait en pâtir dans le domaine administratif

«On imagine bien qu’il y aura des répercussions un peu partout, à Genève également. Mais impossible à ce stade de dire concrètement quel sera l’impact des coupes budgétaires. Nous discuterons concrètement de ces questions au cours des jours à venir avec le siège à New York.» Porte-parole de l’Office des Nations unies à Genève, Rhéal Leblanc a bien conscience que le vote onusien tombé le 25 décembre n’est pas un cadeau de Noël. L’Assemblée générale de l’ONU a décidé de réduire de 286 millions de dollars le budget de l’organisation. Ces coupes concernent les dépenses de voyages et de consultants, mais surtout la machine administrative de l’ONU.

Pour Genève, qui a déjà dû appliquer des réductions salariales de 7,5% pour une partie du personnel, la décision new-yorkaise ne manque pas d’inquiéter, même si tout n’est pas sombre. La rénovation du Palais des Nations, dont le projet fut approuvé à New York, n’est pas en danger, les fonds nécessaires pour l’an prochain ayant été validés. Le service des conférences et peut-être l’encadrement administratif du Conseil des droits de l’homme pourraient être touchés. Mais les droits de l’homme en tant que tels devraient ne pas trop souffrir, bien que Chinois et Russes aient cherché à diminuer les budgets qui leur sont alloués.

«Une insulte que l’Amérique n’oubliera pas»

La baisse budgétaire se chiffre à environ 5% d’un budget régulier qui se monte, pour les années 2018-2019, à 5,4 milliards de dollars. Dans le domaine du maintien de la paix, la réduction budgétaire est aussi importante. Elle s’élève à 7,5%, soit 593 millions de dollars et réduit le budget à 7,3 milliards, selon Stéphane Dujarric, porte-parole du secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres.

Difficile d’isoler ces mesures d’austérité des pressions exercées par l’administration Trump qui ne cesse de pester contre une organisation qui bénéficie grandement du financement américain (22% du budget régulier et 28% du budget des opérations de maintien de la paix). Les Etats-Unis contribuent globalement à hauteur de quelque 10 milliards de dollars à l’ONU, étant ainsi le plus grand bailleur de fonds de l’organisation devant le Japon, la Chine, l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni.

Devant l’Assemblée générale qui a approuvé par 128 voix pour, 9 contre et 35 abstentions une résolution condamnant la décision américaine de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël, l’ambassadrice américaine Nikki Haley l’a martelé avec force: «Nous n’accepterons plus qu’on tire profit de la générosité du peuple américain. […] Vous pouvez être certains que nous allons continuer à chercher des manières d’accroître l’efficience de l’ONU tout en protégeant nos intérêts.» Pour Haley, ce vote, qui fut précédé par un vote similaire (14 contre 1) au Conseil de sécurité, est «une insulte que l’Amérique n’oubliera pas». La plupart des pays européens ainsi que la Suisse ont approuvé la résolution, estimant que seule une solution négociée permettra de résoudre le conflit israélo-palestinien et de maintenir ne serait-ce que l’idée d’une solution à deux Etats.

Un soft power affaibli

L’arme financière n’est pas une première pour Washington. Le président Ronald Reagan en avait fait largement usage, refusant de payer la contribution américaine pendant des années. Il a fallu attendre Barack Obama pour que les Etats-Unis arrivent enfin à rembourser tous leurs arriérés.

Les votes sur Jérusalem ont montré que le soft power américain n’avait visiblement plus autant d’impact sur les autres Etats. Nikki Haley avait pourtant bien envoyé une lettre de menace aux Etats qui voteraient contre les Etats-Unis à l’ONU. Quelques pays n’ont cependant pas cédé à cette tentative de chantage. C’est le cas du Botswana dont la réaction a fait le tour des réseaux sociaux: «Cette manière grossièrement inadaptée et menaçante de communiquer, dont l’objectif serait de saper la souveraineté du Botswana en tant que pays indépendant, est un précédent diplomatique. Par conséquent, le Botswana ne sera pas intimidé par ces menaces, exercera son droit souverain et votera en fonction de ses principes de politique étrangère selon lesquels la question de Jérusalem doit faire partie d’un règlement final qu’il importera d’obtenir par des négociations en conformité avec les résolutions de l’ONU.»

Un virage à 180 degrés

Selon Jessica Trisko Darden de l’American Enterprise Institute, l’exemple du vote sur Jérusalem montre les limites de l’arme financière pour faire pression sur des Etats bénéficiaires de l’aide américaine. C’est d’autant plus le cas que cette aide relève avant tout du Congrès et «est étroitement liée aux intérêts sécuritaires des Etats-Unis».

L’administration Trump et d’autres avant elle ont souvent eu le sentiment que les Nations unies sont un foyer d’anti-américanisme. Un correspondant de Fox New, Eric Shawn, a cherché à le démontrer dans un ouvrage très critique intitulé The UN Exposed, fustigeant l’attitude des Etats membres, la corruption et le gaspillage de l’argent public. L’administration Trump, qui marque un virage à 180 degrés par rapport à l’administration précédente de Barack Obama pour laquelle le multilatéralisme était une pierre angulaire de l’action globale des Etats-Unis, a déjà touché Genève avant même le vote de l’Assemblée générale.

Chinois et Européens pas en reste

Ainsi le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a entièrement perdu en 2017 la contribution américaine qui couvrait 40% de son budget, soit quelque 2 millions de dollars. Aujourd’hui, le GIEC s’évertue à compenser cette perte par le biais d’autres Etats.

Les Etats-Unis ne sont pas les seuls à souhaiter de l’austérité. Les Chinois ont aussi été très actifs au sein de la 5e Commission (budget). Les Européens n’ont pas été en reste. Ils ont plaidé pour des coupes de l’ordre de 170 millions. En fin de compte, beaucoup y trouvent leur compte. Même le groupe des 77 des pays en voie de développement observe avec satisfaction que l’aide au développement n’est pas sacrifiée. Quant aux restrictions budgétaires de l’administration, elles risquent de compliquer les réformes d’Antonio Guterres.

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