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Les occupants du camp de Manus se sont retranchés, réclamant que leur sort soit réglé avant d’obtempérer.
© Hass Hassaballa via AP

Migration

Les naufragés de la «solution du Pacifique»

Quelque 600 migrants doivent être évacués ce samedi d’un camp de détention australien sur l’île de Manus, en Papouasie-Nouvelle-Guinée

L’appel au secours vient de Manus, une île perdue au large de la Papouasie-Nouvelle-Guinée. Quelque 600 migrants, détenus depuis des années dans un camp australien sur le point d’être démantelé, tentent désespérément d’attirer l’attention internationale. Un journaliste kurde s’est imposé comme leur porte-parole. Vendredi, Behrouz Boochani postait plusieurs messages sur son compte Twitter, comme une bouteille à la mer, avant l’intervention des forces de sécurité de la Papouasie-Nouvelle-Guinée.

«Il y a beaucoup de policiers autour du camp. Avec des mégaphones, ils nous demandent de partir mais les réfugiés ne le veulent pas.» Ces derniers ont jusqu’à ce samedi pour évacuer les lieux. L’an dernier, la Cour suprême de Papouasie-Nouvelle-Guinée a déclaré que le camp offshore ouvert par l’Australie en 2013 était inconstitutionnel, car il violait la dignité humaine de ses occupants, confinés indéfiniment.

Depuis, les autorités papoues tentent de récupérer ce bout de terre. La semaine dernière, l’électricité et l’eau courante ont été coupées. Il n’y a presque plus de vivres, ni de soins médicaux. «Ils ont détruit des abris et les poubelles en plastique qui nous servaient à récolter de l’eau», racontait vendredi Behrouz Boochani. Les fonctionnaires australiens sont partis depuis longtemps. La situation est devenue tellement tendue avec la population et les autorités locales que les migrants regrettent le démantèlement des grillages qui les retenaient.

Multiplication des attaques contre les migrants

«La Papouasie-Nouvelle-Guinée et l’Australie sont prévenues», a mis en garde Kate Schuetze, la directrice d’Amnesty pour le Pacifique, l’utilisation de la force pourrait faire couler le sang. La Papouasie-Nouvelle-Guinée rétorque que les migrants peuvent librement rejoindre trois autres centres de «transition». Mais, selon le Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR), l’un n’est pas encore fini et les autres ne sont pas protégés par des barrières de sécurité. D’autant que les habitants de cette petite île n’ont pas été consultés. Les attaques contre les migrants se sont multipliées ces dernières années.

Les occupants du camp de Manus se sont retranchés, réclamant que leur sort soit réglé avant d’obtempérer. L’île de Manus ne compte que 60 000 habitants. Les opportunités économiques sont limitées. De nombreux réfugiés ne pourraient pas revenir dans leur pays d’origine, qu’ils ont fui à cause des persécutions. Le camp compterait notamment des Rohingyas, la minorité musulmane apatride de Birmanie, et victime d’une épuration ethnique sans précédent.

Offre néo-zélandaise

Behrouz Boochani, lui, avait fui le Kurdistan iranien au printemps 2013, quelques mois après une perquisition dans son journal. Le bateau sur lequel il avait embarqué en Indonésie a ensuite été intercepté par la marine australienne. Mais le jeune homme était encore loin de la fin de ses peines. Il est débarqué sur l’île de Christmas, un territoire australien, avant un autre transfert vers Manus, à des milliers de kilomètres plus au nord.

La «solution du Pacifique» réactivée en 2012

En 2012, l’Australie a en effet réactivé sa «solution du Pacifique». Une politique radicale qui consiste à n’accepter aucun boat people. Leurs demandes d’asile sont donc examinées dans des centres loin des côtes australiennes, à Manus, mais aussi à Nauru, une île-Etat ruinée et sous perfusion de l’Australie. Surtout, Canberra répète qu’aucun d’entre eux ne pourra jamais mettre le pied en Australie, même ceux qui ont obtenu l’asile. Une façon de décourager les trafiquants d’êtres humains.

Lire aussi: «Nauru, l’île ruinée reconvertie dans la détention de migrants»

Des manifestations ont eu lieu en Australie pour réclamer l’accueil des occupants mais elles n’ont rassemblé que quelques centaines de personnes. La nouvelle première ministre néo-zélandaise, Jacinda Ardern, a proposé que son pays recueille les naufragés. Mais son homologue australien, Malcom Turnbull, n’a rien voulu savoir. L’Australie est régulièrement critiquée par les organisations internationales et les défenseurs des droits de l’homme pour son intransigeance. Cela n’a pas empêché Canberra d’être élu en octobre dernier au Conseil des droits de l’homme. Mais il n’y avait que deux candidats pour deux sièges à repourvoir dans le groupe occidental.

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