Elle a accepté de prolonger son mandat de deux ans. Navi Pillay, 69 ans, haut-commissaire aux Droits de l’homme des Nations unies depuis 2008, devrait ainsi conserver son fauteuil jusqu’en 2014. La Sud-Africaine a réagi positivement à la proposition faite lundi par Ban Ki-moon, le secrétaire général des Nations unies, confirme son porte-parole Rupert Colville. Le dernier mot reviendra cependant à l’Assemblée générale de l’ONU, qui se prononcera dans les mois qui viennent. Sa réélection ne devrait pas poser de problème, mais si la haut-commissaire ne rempile que pour un demi-mandat, ce serait notamment en raison de pressions exercées par certains Etats.

Après des premiers pas quelque peu timorés dans sa nouvelle fonction, qui avaient laissé certains acteurs humanitaires et politiques dubitatifs, notamment en raison de son approche très juridique des dossiers, Navi Pillay a pris de l’assurance. Et opté pour un discours clair, ferme et «équilibré», souligne un diplomate occidental. «Ses interventions n’épargnent personne, elles ont visé à la fois des cas tels que celui de la Chine, de Guantanamo, la situation dans les territoires palestiniens, mais aussi les manquements de pays européens.»

C’est l’an dernier, lors du Printemps arabe, que la haut-commissaire a définitivement fait la preuve de son envergure et de la maîtrise de son rôle de porte-voix des droits de l’homme: «Elle a immédiatement soutenu les mouvements contestataires en Tunisie et en Egypte, sans savoir comment les choses allaient évoluer», rappelle Julie de Rivero, directrice de Human Rights Watch. «Elle a aussi su imposer le thème des droits de l’homme au Conseil de sécurité de l’ONU», note Peter Splinter, d’Amnesty International. Exprimant le soutien de la France à un second mandat de Navi Pillay, le porte-parole du Quai d’Orsay saluait mardi l’«action déterminante» menée par la haut-commissaire.

Compromis sur deux ans?

Face à un tel concert de louanges, on s’interroge sur les raisons qui ont poussé Ban Ki-moon à ne proposer à Navi Pillay qu’un demi-mandat supplémentaire. «Je crois qu’elle est heureuse de cette prolongation de deux ans, relève Rupert Colville. C’est un travail difficile et l’assumer pendant six ans au total, c’est suffisant.»

Pourtant, aussi bien dans la sphère onusienne que dans les milieux humanitaires, des sources évoquent un compromis accepté par les Nations unies sous la pression de certains pays, dont les Etats-Unis, en raison de certaines interventions de la haut-commissaire qui les ont indisposés. En première ligne, des prises de position liées à Israël. Sollicitée, la mission des Etats-Unis auprès de l’ONU à Genève n’a pas commenté ce point, soulignant simplement sa «relation de travail productive avec la haut-commissaire Pillay qui défend efficacement et sans détour les valeurs universelles. Nous nous réjouissons de poursuivre cette coopération.»

Alors que l’ONG pro-israélienne UN Watch réagissait hier à la candidature de Navy Pillay en critiquant «sa capacité à donner la priorité aux situations les plus urgentes» au début de son mandat, et en déplorant le manque de transparence du processus qui a mené Ban Ki-moon à la soutenir, Human Rights Watch et Amnesty International exprimaient pour leur part leur satisfaction: «Cette continuité est une bonne chose, note Julie de Rivero, c’est important en cette période d’intenses bouleversements liés au Printemps arabe.» Pour elle comme pour Peter Splinter, le plus grand défi de la haut-commissaire dans les deux ans à venir sera «de faire pression pour obtenir une augmentation du budget, au moment où les besoins augmentent et où l’agence s’étend».