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Emmanuel Macron, le ministre français de l’économie, commence à irriter le président François Hollande.
© THIERRY CHARLIER

France

Pourquoi ils ne croient pas à «l’effet Macron»

Alors que le ministre français de l’Economie cultive de plus en plus sa singularité, de nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer la «bulle médiatique»

Jean-Louis Debré le reconnaît: l’ancien président du Conseil constitutionnel français, qui publie ces jours-ci «Ce que je ne pouvais pas dire» (Ed. Robert Laffont), avoue un faible pour Emmanuel Macron. «Il est dans l’air du temps dans le bon sens du terme, explique-t-il au Temps. Il veut s’émanciper des partis qui sont à mon avis en train de tuer la Ve République, justement conçue pour leur échapper. C’est une bonne intuition. Il est quelque part fidèle à la logique gaulliste de la rencontre entre un homme et le pays.»

Mais très vite, le couperet tombe. «En Marche», le mouvement lancé par le jeune ministre de l’Economie, n’a guère de chances, selon celui qui fut ministre de l’Intérieur sous Jacques Chirac (1995-1997), puis président de l’Assemblée nationale dominée par la droite (2002-2007): «Une rencontre, cela se construit dans le temps long avec un appareil, des militants, des forces vives qui vous protègent durant la campagne électorale. Emmanuel Macron deviendra crédible le jour où il aura commencé à encaisser de vrais coups».

Déclarations intempestives

Les coups, justement, pourraient bien commencer à pleuvoir, attisés par les déclarations intempestives de ce ministre qui, depuis le lancement de son mouvement le 6 avril, a entre autres fait la couverture de «Paris Match» aux côtés de son épouse Brigitte, participé en anglais à l’émission «The Andrew Marr Show» de la BBC britannique et expliqué qu'«En Marche» est bien destiné à «nourrir un projet présidentiel». «L’idée, souvent évoquée, d’une initiative soutenue en sous-main par François Hollande pour préparer 2017 a désormais du plomb dans l’aile, explique un député socialiste. S’ils étaient vraiment sur la même longueur d’ondes, le président ne passerait pas son temps à le recadrer.»

S’il persiste, Macron va se retrouver enfermé dans une posture de ministre-diva qui marche sur l’eau.

On pense aux propos du chef de l’Etat français affirmant, à la télévision, le 14 avril «qu’Emmanuel Macron sait ce qu’il (lui doit)». On a noté aussi, hier, l’agacement présidentiel face à l’éloignement de son ministre, multipliant les apartés lors d’une visite d’usine. «Avec François Hollande, ce genre de petites piques vaut les camouflets publics à la Sarkozy, poursuit notre interlocuteur. S’il persiste, Macron va se retrouver enfermé dans une posture de ministre-diva qui marche sur l’eau, dans un gouvernement où les autres s’efforcent de nager. Le procès en loyauté, dans une France en crise dirigée par une gauche naufragée, peut lui faire très mal.»

«Où sont ses électeurs?»

Conséquence: ceux qui ne croient pas à Emmanuel Macron commencent à donner de la voix. Avec deux critiques principales: son absence d’enracinement local, et l’incompatibilité de son rythme de sprinter avec le marathon semé d’obstacles qu’est la présidentielle. «Mon pessimisme est arithmétique, explique l’essayiste Nicolas Baverez. Où sont ses électeurs? La primaire de la droite va remobiliser l’actuelle opposition. La gauche va se diviser plus encore. Il doit, avant tout se forger un espace.»

Il avance sans cuirasse et sans bataillons dans un combat où l’image n’est qu’une partie de l’équation.

Un journaliste politique familier de l’Elysée va plus loin: «Sa couverture de "Paris Match", c’est du people à l’ancienne pour un type qui se prétend moderne. Il avance sans cuirasse et sans bataillons dans un combat, la politique, où l’image n’est qu’une partie de l’équation». Avec un risque supplémentaire: devenir l’ennemi numéro un du premier ministre Manuel Valls, pour l’heure condamné à le garder dans son gouvernement vu sa popularité. «Valls n’en peut plus et il connaît tous les ressorts médiatiques. S’il peut le déstabiliser, il le fera. Gare aux coups-bas», poursuit un ancien conseiller de l’Elysée.

Alors, Macron le «mirage» plutôt que le miracle en cette désespérante fin de quinquennat? Pas sûr du tout. Françoise Fressoz est éditorialiste au Monde: «Emmanuel Macron a compris deux choses qui le rendent politiquement très crédible: les jeunes générations, épuisées par le chômage de masse, sont libérales, et les Français en général ont soif d’une direction et d’un nouveau récit national». Clin d’œil tactique du grognard conservateur Jean-Louis Debré: «Emmanuel Macron sait que la présidentielle de 2017 est trop proche. Mais n’oubliez pas qu’Alain Juppé, dont le projet rassembleur n’est pas incompatible avec ses analyses sociales-libérales, a promis de ne faire qu’un seul mandat s’il est élu…»

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