arrestation de Mladic

«Il ne faut jamais lâcher prise»

Carla Del Ponte salue la capture de Mladic. Pour l’ex-procureure du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, parfois critiquée pour son opiniâtreté, c’est une douce revanche

Pour Carla Del Ponte, c’est une douce revanche sur le destin. Procureure générale du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie de 1999 à 2007, elle a parfois été la cible de critiques de ceux qui pensaient qu’elle en faisait trop pour traquer les criminels de guerre présumés tels que Radovan Karadzic ou Ratko Mladic, mais qu’elle n’obtenait pas de résultats probants. Aujourd’hui, après l’arrestation de Ratko Mladic, elle ne boude pas son plaisir.

Le Temps: Comment réagissez-vous à l’arrestation de Ratko Mladic?

Carla Del Ponte: C’est une excellente nouvelle. Pour la justice internationale, c’est un jour fantastique, un succès important aussi pour les victimes. C’est surtout une confirmation que la politique que nous avons menée au Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie était la bonne. Nous n’avons cessé de presser les autorités serbes d’arrêter les criminels de guerre présumés et avons exhorté l’Union européenne à exercer à son tour des pressions sur Belgrade, notamment dans le dossier relatif à l’adhésion future de la Serbie à l’Union européenne. Mon successeur, Serge Brammertz, a appliqué la même politique. Récemment, il déclarait que les autorités serbes ne coopéraient pas suffisamment. Cette opiniâtreté est payante, même si beaucoup de monde ne croyait pas qu’elle pouvait déboucher sur un résultat positif. Cette arrestation prouve qu’il ne faut jamais, absolument jamais lâcher prise. C’est un principe que je n’ai cessé d’appliquer.

– Le TPIY redore-t-il ainsi son blason?

– Il y a encore un haut responsable politique en fuite (ndlr: Goran Hadzic, ex-président de la République serbe autoproclamée de Krajina, en Croatie), mais le TPIY a ainsi achevé le mandat que lui a confié le Conseil de sécurité de l’ONU. Presque tous les hauts responsables politiques et militaires accusés dans le cadre du conflit en ex-Yougoslavie ont été condamnés.

Qu’est-ce qui a précipité les choses, selon vous?

– La Serbie a manifestement intensifié les recherches pour retrouver Mladic. La raison? L’Union européenne a exercé de fortes pressions, et Belgrade semble désormais animé par une volonté politique très forte d’adhérer à l’UE.

– Comment voyez-vous la suite à La Haye?

– Ratko Mladic passera peut-être devant un juge national. Mais il va être transféré au Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie à La Haye dans une semaine ou dix jours. Une question se pose: est-ce que son procès aura lieu en même temps que celui de Radovan Karadzic? Ce serait idéal, ils sont tous deux plus ou moins visés par les mêmes chefs d’accusation. Mais il est vrai que le procès de Karadzic a déjà commencé…

En tant que procureure générale du TPIY, vous vous êtes rendue plusieurs fois en ex-Yougoslavie. Quelles images marquantes avez-vous gardées?

– Je me souviens très bien de la commémoration à laquelle j’avais participé à Srebrenica, à côté de nombreux cercueils. Des souvenirs difficiles et forts. Jeudi, les images que la BBC a passées m’ont replongée dans ces souvenirs.

– Quel effet l’arrestation de Mladic va-t-elle avoir sur la Serbie?

– La Justice apporte toujours quelque chose de positif. La reconstruction au sens large, dans la région, sera facilitée. Pour les victimes, c’est un pas en avant évident.

■ Le commentaire de Christoph Blocher, ancien conseiller fédéral, stratège de l’UDC

«C’est une bonne nouvelle. Cela montre qu’il n’y a pas d’impunité pour les chefs de guerre. Quand un général mène une guerre, il ne peut pas faire n’importe quoi. Il y a des règles à respecter. Il est juste qu’un chef de guerre doive un jour répondre de ses actes. Je préférerais que le général Mladic soit jugé en Serbie. Si on peut éviter la justice internationale, c’est préférable. Mais la justice serbe est-elle capable de le condamner? Pour certains il est un criminel, pour d’autres un héros.»

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