Les émeutes de Londres agitent la sphère virtuelle égyptienne. Depuis le début de la semaine, plusieurs blogueurs débattent des événements qu’ils suivent sur les écrans d’Al-Jazira et de la BBC, comparant les rues de Londres à celles du Caire en janvier dernier. Là aussi, la mort d’un homme, Khaled Said, battu à mort par des policiers en avril 2010, avait déclenché une première vague de protestations. Mais, face aux scènes de pillage et de saccage, les critiques fusent.

«Les Egyptiens et les Tunisiens ont pris la revanche de Khaled Said et Bouazizi en renversant pacifiquement leurs régimes meurtriers, pas en volant des lecteurs DVD», commente sur Twitter Mosa’ab Elshamy, l’un des manifestants de la place Tah­rir qui oublie un peu vite que des scènes de vandalisme ont aussi eu lieu en Egypte. «Tu ne voles pas pour t’opposer au meurtre d’un homme, tu ne fais qu’utiliser ce meurtre», renchérit sur le microblog Zeinobia, une jeune Egyptienne qui a pris part aux révoltes du Caire.

«Barbares de Londres»

«Je ne sais pas qui sont ces voleurs car personne ne va leur parler. Ils passent pour des salauds, mais même les salauds ont des revendications légitimes», réagit Sarah Carr sur son blog. La jeune femme, égyptienne et britannique, a grandi dans un quartier sud de Londres, également touché par les émeutes. Elle dénonce la «condescendance» de certains commentateurs égyptiens envers les «barbares de Londres». Sur la page Facebook «Nous sommes tous Khaled Said», qui a rassemblé des centaines de milliers d’opposants à Hosni Moubarak, on s’interroge: «Pourquoi les gens ne protègent pas leurs maisons et leurs magasins à l’aide de comités de quartier, comme les Egyptiens l’ont fait quand Moubarak a essayé de semer le chaos?»

Les Londoniens ont-ils entendu l’appel des révolutionnaires égyptiens? Malgré le renforcement du dispositif policier et une accalmie dans la nuit de mardi à mercredi, les habitants ont décidé de créer des groupes d’autodéfense dans la capitale britannique et plusieurs autres villes. Dans le nord de l’Angleterre, à Enfield et à Eltham, quelque 200 habitants ont arpenté les rues toute la nuit pour surveiller leurs quartiers. A Hackney et Kentish Town, des commerçants, en majorité turcs, montent la garde devant leurs échoppes. Lundi, les vendeurs turcs de Tottenham ont été les premiers à mettre sur pied des unités de protection pour prévenir le pillage de leurs boutiques.

Appel au nettoyage

Suite à un appel lancé sur les réseaux sociaux pour nettoyer les rues dévastées de Londres, des centaines de personnes ont afflué avec gants et balais dans plusieurs quartiers de la capitale. «Ils nettoient les rues de Londres, exactement comme nous avons nettoyé la place Tahrir. Anglais ou Egyptiens, nous sommes tous les mêmes», réagit un internaute égyptien.