Le professeur hongrois Otto Hieronymi ne décolère pas contre son pays d’origine. Il y a 60 ans, il avait fui Budapest après l’écrasement du soulèvement de Budapest par les chars soviétiques. Aujourd’hui âgé de 78 ans, ce professeur à la Webster University avait organisé pour ce jeudi une conférence sur les réfugiés hongrois dans l’enceinte de l’ONU. Les exilés hongrois avaient à l’époque été accueillis à bras ouverts dans le «monde libre». Quelque 200 000 personnes réparties entre les pays européens, dont la Suisse, les Etats-Unis ou le Canada. N’y a-t-il pas matière à inspiration pour résorber la crise des réfugiés actuelle? L’intention du colloque, pas le premier du genre, était louable, mais, rien ne s’est passé comme prévu.

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La rencontre devait être co-organisée avec les représentations diplomatiques de la Hongrie en Suisse. Le gouvernement du conservateur Viktor Orban ne cache pas son hostilité envers les migrants qui ont afflué l’an dernier depuis la Turquie à travers les Balkans. Après avoir érigé un mur sur sa frontière, Budapest refuse de se plier aux quotas européens de répartition des réfugiés.

«Mardi 18 octobre, j’ai été convoqué à la mission hongroise à Genève. C’était comme un interrogatoire du KGB. J’ai été accusé d’être un traître et ils ne voulaient plus que j’ouvre la rencontre, ni ne modère les débats. Trois jours plus tard, on me faisait savoir que la rencontre était annulée», raconte Otto Hieronymi, qui a rapatrié la conférence sur le campus de Webster, mais sans la participation des représentants officiels hongrois. Contactée, la mission hongroise à Genève conteste que la rencontre a été annulée. «Elle a simplement été reportée pour des raisons organisationnelles.»

«C’est faux, rétorque le professeur. C’est pour des raisons politiques. J’ai encore récemment critiqué le gouvernement. Ces gens ont perdu les pédales. Le pire, c’est le ton employé contre les migrants, tout cela pour éviter d’être débordé sur sa droite par un parti quasi-fasciste». Pour lui, les autorités actuelles ont la mémoire sélective: elles commémorent le soulèvement de 1956 mais oublient la générosité des pays d’accueil d’alors. «Les réfugiés hongrois avaient d’abord été accueillis en Autriche et en Yougoslavie, où ils avaient attendu d’être réinstallés dans différents pays. Ils avaient ainsi respecté les règles nationales et internationales, objecte la mission hongroise. La situation actuelle n’est pas comparable.»