ROUMANIE

«Je ne peux pas imaginer une Roumanie en dehors de l'Union européenne»

Dans une interview au «Temps», le président Emil Constantinescu estime que l'Europe récompense le soutien roumain à l'OTAN pendant la guerre du Kosovo en lui ouvrant ses portes

Elu président de la Roumanie il y a trois ans, le chrétien-démocrate Emil Constantinescu semble avoir joué la bonne carte. La Roumanie est invitée au sommet du Conseil européen d'Helsinki à démarrer les négociations d'adhésion à l'Union européenne. Radiographie d'un pari.

Le Temps: Qu'attend la Roumanie des négociations pour l'adhésion à l'Union européenne (UE)?

Emil Constantinescu: L'adhésion. Les négociations sont destinées à revitaliser l'économie roumaine dans les années à venir. Quand on parle de la Roumanie dans ce processus, il s'agit des aspects économiques puisque les critères politiques sont déjà résolus. Notre manière de régler le problème des droits de l'homme et des minorités constitue un exemple à l'échelle européenne. Cette année, la législation roumaine s'est rapidement raccordée à l'Europe au point que l'on a dépassé le rythme d'autres pays candidats de la première vague.

– Pourtant, l'économie roumaine semble patauger. Où en est-elle aujourd'hui?

– Malheureusement, les réformes n'ont commencé que cette année et elles ont été très douloureuses pour la population. En 1999, le remboursement de 3 milliards de dollars au titre de la dette extérieure s'est effectué sans prêt étranger. Par ailleurs, environ 70% des échanges se font désormais avec l'UE et 20% avec l'Europe centrale. Si on ajoute à cela les échanges avec le continent nord-américain, on peut dire que la Roumanie s'oriente vers les pays hautement industrialisés. Cette reconversion – la Russie ne représente plus que 1% de notre commerce – montre qu'on est capable de répondre aux standards de l'économie occidentale. Nous ne voulons pas négliger les marchés de l'Est, mais avec des prix compétitifs et avec des produits qui correspondent à la qualité de l'Europe de l'Ouest.

– La Roumanie dispose-t-elle des capitaux nécessaires pour ce défi?

– Les Roumains qui sont partis travailler à l'étranger rapatrient leurs économies. C'est une tendance qui fait contraste avec beaucoup d'autres pays de l'Europe de l'Est où on remarque une énorme hémorragie des capitaux. En Roumanie, l'argent ne fuit pas, il rentre. On n'en voit pas encore les effets à cause de la réforme du système bancaire qui coûte très cher, mais on constate que la moitié des banques présentes en Roumanie appartiennent désormais au privé.

– Alors, comment expliquez-vous que la Roumanie ait donné l'impression de ne pas disposer d'une stratégie économique crédible?

– Un comité d'experts roumains y travaille avec l'appui des experts de la Commission européenne, du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale (BM). Il est vrai, depuis deux ans, la Roumanie a dû répondre à des demandes contradictoires. Une stratégie unique de la part de ces trois organismes nous permettrait de sortir du groupe des pays à risques. Franchement, je ne vois pas pourquoi la Roumanie serait traitée par le FMI comme le Pakistan ou le Nicaragua dans la politique des crédits.

– Pourriez-vous avancer une date pour l'adhésion de la Roumanie à l'UE?

– On n'en est pas encore là. Le plus important pour l'instant, c'est d'entamer le processus avec tous les pays candidats. La vitesse de l'adhésion dépendra des efforts de chaque pays. En ce qui concerne la Roumanie, je suis optimiste. La rapidité de l'adhésion peut être comparée au rapport qui existe dans les sciences exactes, entre la masse et l'accélération. Les petits pays comme la Slovénie, la République tchèque et la Hongrie ont constitué l'avant-garde de cette expérience. Puis, il y a de grands pays comme la Russie et l'Ukraine. Entre les deux, il y a des pays moyens comme la Pologne et la Roumanie. Pour cette catégorie, le plus difficile, c'est d'amorcer le processus.

– Lors du conflit du Kosovo, vous avez joué la carte occidentale contre une opinion publique roumaine majoritairement opposée à l'intervention de l'OTAN. Aujourd'hui, avez-vous le sentiment d'avoir choisi la bonne carte?

– La politique extérieure de la Roumanie est centrée sur deux priorités: l'intégration à l'UE et à l'OTAN. Pour moi, il ne s'agit pas seulement d'une option politique et diplomatique. Il est question d'intégrer le système des valeurs européennes. Evidemment, cela a joué dans l'ouverture actuelle de l'UE envers la Roumanie.

– Et si on imaginait la Roumanie en dehors de l'UE?

– Je ne peux pas imaginer une Roumanie en dehors de l'UE. Si j'imagine ce cas de figure absurde, la seule conclusion qui reste, c'est la «yougoslavisation» de la région. Les résidus du communisme n'attendent que le blocage de la construction européenne.

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