«Je ne peux plus respirer.» Ces mots, ce sont les derniers mots prononcés par George Floyd avant de mourir. George Floyd avait 46 ans, il était Afro-Américain. Lundi soir, il est mort de façon abjecte, plaqué au sol, écrasé par le genou d’un policier blanc, à Minneapolis. Pas parce qu’il était un dangereux tueur en série en cavale, mais parce qu’il était soupçonné d’avoir voulu écouler un faux billet de 20 dollars. Et qu’il n’avait pas vraiment le look d’un trader blanc de Wall Street.

«Comme un black à capuche»

Le drame met en exergue le fléau des violences policières à l’égard des Noirs. Il montre aussi comment la situation peut très rapidement s’embraser. Depuis lundi, Minneapolis est en proie à de violentes émeutes. Dans les rues, des scènes de désolation, de pillages et d’incendies. On se croirait presque dans une ville assiégée. La Garde nationale a été appelée à la rescousse. Touché par une balle, un manifestant est décédé. Des personnalités afro-américaines montent au front et réclament justice.

«I can’t breathe.» Ces mots, c’étaient aussi les derniers mots d’Eric Garner, juste avant d’étouffer, asphyxié sous le poids de policiers blancs, le 17 juillet 2014. Ils sont devenus une sorte de slogan, revendiqué par le mouvement Black Lives Matter. En novembre 2017, le Vaudois Thabo Sefolosha, star de la NBA, s’était confié sur le ressentiment anti-Noir, dont il est aussi victime. «Dans les aéroports, on me regarde d’abord comme un suspect, comme un black à capuche, avant que mon statut de joueur NBA, si on me reconnaît, prenne le dessus», nous racontait-il, dans un restaurant new-yorkais. Peu après, il avait rendez-vous avec la famille d’Eric Garner.

Condamnation timide

La mort de George Floyd est d’autant plus choquante qu’elle intervient quelques mois après le lynchage d’Ahmaud Arbery dans une petite ville de Géorgie. Ahmaud Arbery faisait son jogging. Deux Blancs, un père et son fils, qui surveillaient le quartier, l’ont abattu en pleine journée, parce qu’ils pensaient qu’il était un cambrioleur. Il a fallu qu’une vidéo circule plusieurs semaines plus tard pour que les tueurs soient arrêtés, ainsi que celui qui avait filmé la scène. Cette semaine, à New York, une autre vidéo, tournée à Central Park, est devenue virale: une femme hystérique appelle la police en disant être menacée par un «Noir américain». Le Noir en question, Christian Cooper, lui avait seulement demandé de tenir son chien en laisse. La scène aurait pu dégénérer.

Donald Trump a qualifié la mort de George Floyd de «drame odieux et tragique». Mais il ne l’a fait que timidement, par le biais de sa porte-parole. Seule une condamnation ferme permettrait d’éviter une dangereuse escalade et que d’autres Noirs meurent étouffés par des policiers. Michelle Bachelet, la haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, condamne cette «longue série de meurtres d’Afro-Américains non armés commis par des policiers américains», et incite les autorités américaines à réagir. Or Donald Trump est au contraire souvent accusé d’inciter à la haine raciale. Il a récemment encouragé des manifestations anti-confinement fréquentées par des extrémistes de droite lourdement armés. Al Sharpton et Jesse Jackson, révérends noirs et figures de la lutte pour les droits civiques, se sont rendus à Minneapolis. Pas Donald Trump. Pendant ce temps, le président déverse sa colère contre Twitter, qui a osé rectifier deux de ses tweets.

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