«Nous ne voulons pas faire la révolution»

Gary Fong a retrouvé sa voix. Dimanche, après une nuit dans la rue face à la police, l’étudiant en droit ne pouvait plus parler. Membre du comité de la fédération des étudiants, il détaille les nouvelles ambitions du mouvement pour la démocratie.

Le Temps: Après la rue, vous promettez d’occuper des bâtiments du gouvernement. Allez-vous les prendre d’assaut?

Garry Fong: Non! Nous voulons empêcher les fonctionnaires de se rendre sur leur lieu de travail. Nous souhaitons perturber leur travail, le rendre moins opérationnel.

– Cette nouvelle stratégie ne risque-t-elle pas de provoquer des actions violentes, ce à quoi vous renonciez jusqu’ici?

– Cela dépend de ce que vous entendez par violence. Monter des barricades dans les rues comme nous l’avons fait, pour certains c’est déjà très violent. Nous voulons bloquer des bâtiments, mais nous n’allons pas attaquer la police. D’ailleurs, on parle beaucoup de la «révolution des parapluies». C’est faux. Nous ne voulons pas faire la révolution. Cela voudrait dire faire la guerre à Pékin. Notre «mouvement des parapluies» se bat pour la démocratie, dans la paix.

– Vous appelez à la démission de Leung Chun-ying avant jeudi minuit, mais dans la journée il a reçu le soutien de Pékin…

– Leung n’est qu’une marionnette. Pékin peut le remplacer quand bon lui semble. Nous le visons pour qu’il soit tenu pour responsable de l’usage de la violence le 28 septembre contre les manifestants, une violence totalement injustifiée et condamnée par la population. Il doit partir pour cette raison, pas une autre.

– Le gouvernement semble jouer la montre. Ne percevez-vous pas un essoufflement du mouvement qui en est à son cinquième jour consécutif et autant de nuits?

– Non. Il y a bien sûr des moments avec moins de tension, quand après la nuit certains rentrent chez eux se changer ou prendre un peu de repos. Le mouvement ne va pas s’arrêter avant plusieurs jours, il peut même durer plus longtemps encore. Nous voulons parler au gouvernement, or pour le moment il refuse tout dialogue. La police jouera aussi un rôle clé dans la durée de cette mobilisation. Pour le moment, leur réputation a tant souffert que les forces de l’ordre restent en retrait. C’est aussi pour cela que la nuit qui se prépare, avec nos actions, s’annonce décisive.

– Vous coordonnez-vous avec les responsables d’Occupy Central, le mouvement «officiel», ou en tout cas historique, pour la démocratie?

– Absolument, il y a un dialogue et un échange. Cependant, la fédération des étudiants occupe vraiment le devant de la scène. Les autres organisations apportent un soutien. Nous ne souhaitons pas qu’Occupy Central s’approprie notre mouvement.