La nébuleuse ultra-droitière en effervescence

France La manifestation de l’ultra-droite contre François Hollandea dégénérédimanche dernier

Un nouveau défilé des anti-mariage gay est programmé

Une nouvelle fois, la Manif pour tous, le collectif qui a mené la bataille contre le mariage et l’adoption par les couples de même sexe, appelle à une manifestation dimanche, à Paris, ainsi qu’à Lyon. Les objets du combat: clamer le refus de la procréation médicalement assistée pour les couples de femmes et de la gestation pour autrui, de même que l’opposition au futur projet de loi sur la famille qui abordera notamment la question du statut de beaux-parents. Dans la galaxie des opposants à la politique du gouvernement, la Manif pour tous, rassemblement créé par Frigide Barjot, ex-égérie des nuits parisiennes devenue catholique convaincue, fait office de mouvement relativement pacifiste. Néanmoins, après la manifestation de dimanche dernier contre François Hollande, qui a rassemblé l’ultra-droite politique et religieuse, les autorités craignent de nouveaux débordements et violences.

Dimanche 26 janvier, c’est en effet un autre collectif, Jour de colère, qui a organisé un vaste rassemblement réclamant la «destitution» du chef de l’Etat, au cours duquel des slogans antisémites ont été proférés, des journalistes pris à parti et une vingtaine de policiers blessés; à l’issue de la journée, au moins 250 personnes avaient été interpellées.

Le Printemps français, la branche radicale et dissidente de la Manif pour tous, était de la partie. De même que plusieurs groupes d’extrême droite, des nationalistes, des fans de Dieudonné, des catholiques conservateurs ou intégristes, ainsi que certains bonnets rouges: la police a évalué à 17 000 le nombre de participants. La manifestation marque-t-elle un retour des ligues d’extrême droite comme lors de l’entre-deux-guerres, ainsi que l’ont évoqué certains commentateurs au lendemain du rassemblement? A l’approche du 80e anniversaire de la manifestation du 6 février 1934, la tentation de la comparaison est grande. Mais «il faut raison garder», estime Nicolas Lebourg, historien, spécialiste de l’extrême droite et chercheur au nouvel Observatoire des radicalités politiques (ORAP), mis en place par la Fondation Jean-Jaurès. «Pour faire l’analogie, il faudrait une jonction entre des groupes d’extrême droite radicale et une droite radicalisée. Ce n’est pas le cas ici.»

Selon le chercheur, on a plutôt assisté à un «rassemblement hétéroclite» de réseaux, dont certains que l’on croyait éteints, par exemple dans la mouvance de l’Action française maurassienne ou de L’Œuvre française dissoute l’été dernier, auxquels se sont joints des catholiques intégristes et nationalistes. Hypothèse quant à leur activisme? «C’est peut-être un contrecoup de la normalisation du Front national menée par Marine Le Pen. Chassés par la nouvelle présidente qui n’en voulait plus dans l’entourage du FN, certains groupuscules sont probablement devenus plus autonomes et ont fait prospérer leur boutique», avance Nicolas Lebourg. «L’extrême droite radicale française est constituée depuis longtemps d’une myriade de groupuscules qui essaient régulièrement de fusionner, mais n’y parviennent pas, car ils ont des visions du monde trop différentes et sont paradoxalement trop indisciplinés», explique-t-il.

Emmené par Béatrice Bourges, le Printemps français a émergé il y a une année: «On retrouve le même type de réseaux que dans le collectif Jour de colère», note l’historien, notamment autour des extrémistes catholiques, qui refusent tout projet de loi faisant évoluer l’idée traditionnelle de la famille ou ancrant le droit des femmes à l’avortement.

S’agissant de la manifestation organisée ce dimanche par les anti-mariage gay, où sont attendues des dizaines de milliers de personnes, des centaines de policiers seront mobilisés. Le président François Hollande a appelé à la «vigilance» face à «des mouvements extrémistes, racistes», et le collectif La Manif pour tous à l’origine du défilé a lui-même demandé à des huissiers de justice de contrôler l’attitude des manifestants, comme celle des policiers.

Autant de signe d’une progression inédite de la défiance envers le pouvoir en France. Récemment, lors d’une présentation de son baromètre de la confiance politique, le politologue Pascal Perrineau estimait que cet outil s’était transformé au fil du temps en «baromètre de la défiance»: «La confiance politique, notait-il, est en voie de disparition dans certains milieux.» En alimentant en continu le procès en illégitimité de la gauche au pouvoir, les contestataires attirés dans les manifestations du week-end s’inscrivent incontestablement dans ce cadre.

«C’est peut-être un contrecoupde la normalisation du Front national menée par Marine Le Pen»