Il connaît par cœur la «stratégie Petraeus». Ancien émissaire de l’ONU en Irak, nommé à Kaboul en janvier, le diplomate italo-suédois Steffan de Mistura décrypte la transition qui s’annonce. Autour d’une certitude: la victoire militaire étant impossible, la «fin du tunnel» sera politique.

Le Temps: L’OTAN affirme avoir repris l’initiative militaire. Est-ce vrai?

Steffan de Mistura: La stratégie du général Petraeus porte ses fruits. Les talibans sont sous une énorme pression, qui risque de les conduire à perpétrer des attentats terroristes spectaculaires: cela a été le cas avec l’assassinat récent de médecins occidentaux, ou lors de l’attaque contre le QG de l’ONU à Herat. Ils cherchent à frapper là où on ne les attend pas. Mais en même temps, cette violence est révélatrice. Elle prouve que les «négociations chaudes» ont commencé. Les alliés tapent fort pour amener les insurgés à discuter. On est au début du commencement d’une longue fin…

– Avec un écueil: l’impopularité et la corruption du gouvernement afghan…

– Arrêtons de taper sur notre principal allié. Quel autre partenaire avons-nous? Croire, comme les Américains le firent jadis au Vietnam, qu’il suffit de changer les dirigeants pour résoudre l’équation serait une erreur. Le travail de ce gouvernement est le plus dangereux du monde. Tous les responsables afghans, à commencer par le président Karzaï, souffrent du syndrome «Najibullah». Tous se souviennent de la façon dont les talibans ont exécuté en 1996 à Kaboul l’ancien président prosoviétique. Certes, l’actuel gouvernement est un allié compliqué, difficile. Mais nous avons là quelqu’un capable de faire des compromis. Soyons lucides: somme-nous venus ici pour doter l’Afghanistan d’une gouvernance parfaite? Non. Alors…

– Négocier avec les talibans est la seule issue?

– Personne ne veut et n’acceptera à nouveau un Afghanistan aux mains des talibans. Ces derniers n’étaient pas corrompus, mais ils étaient incapables de s’occuper de leur population. Ils ne pourront plus jamais exercer seuls le pouvoir. Ce qu’il faut, c’est parvenir à une solution afghane, qui respecte la souveraineté nationale, tout en resserrant notre contrôle de l’aide. Mais pour cela, il faut d’abord redire et prouver aux Afghans que nous ne les abandonnerons pas de nouveau.